L’Évangile de Matthieu
Chaque jour suffit sa peine – Matthieu 6:24-34
Le chapitre 6 est le chapitre de la prière modèle, du Notre Père. Dans ce chapitre, Jésus-Christ va revenir sur des notions essentielles qui permettent de comprendre la véritable prière, celle qui se fait dans l’intimité de sa chambre, celle qui ne répète pas les mots, celle qui ne fait pas de bruit, celle où l’on entre en dialogue véritable avec le Père. On connaît tous le Notre Père. Beaucoup le récitent par automatisme sans comprendre sa portée spirituelle. Il est temps non plus de réciter le Notre Père, mais de déclamer cette prière avec le cœur dans l’attitude et l’état d’esprit qui plaît à Dieu.
Dans ces derniers versets du chapitre 6 de l’Évangile de Matthieu, Jésus-Christ explicite exactement ce qu’il avait dit lors des versets précédents, et Il revient sur la notion de l’inquiétude que génère le monde, l’inquiétude qui rend esclaves ceux qui sont du monde.
Rappelons que Matthieu adresse son évangile à des croyants qui connaissent les coutumes juives, et que son but est de montrer que Jésus est le Christ, le Messie annoncé par les prophéties. Il est certainement l’évangéliste qui fait le mieux comprendre que le Nouveau Testament est éclairé par l’Ancien Testament, lequel ne se comprend qu’à la lumière du Nouveau Testament.
²⁴Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l’un, et aimera l’autre ; ou il s’attachera à l’un, et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon. ²⁵C’est pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps, de quoi vous serez vêtus. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? ²⁶Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n’amassent rien dans des greniers ; et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ?
²⁷Qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une coudée à la durée de sa vie ?
²⁸Et pourquoi vous inquiéter au sujet du vêtement ? Considérez comment croissent les lis des champs : ils ne travaillent ni ne filent ; ²⁹cependant je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’eux. ³⁰Si Dieu revêt ainsi l’herbe des champs, qui existe aujourd’hui et qui demain sera jetée au four, ne vous vêtira-t-il pas à plus forte raison, gens de peu de foi ?
³¹Ne vous inquiétez donc point, et ne dites pas : Que mangerons-nous ? Que boirons-nous ? De quoi serons-nous vêtus ? ³²Car toutes ces choses, ce sont les païens qui les recherchent. Votre Père céleste sait que vous en avez besoin. ³³Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu ; et toutes ces choses vous seront données par-dessus. ³⁴Ne vous inquiétez donc pas du lendemain ; car le lendemain aura soin de lui-même. À chaque jour suffit sa peine.
Matthieu 6:24-34, Traduction Louis Segond
On comprend bien que le sujet principal de cette partie du discours de Jésus-Christ est l’inquiétude, et plus précisément le sujet de l’inquiétude de celui qui cherche à vivre conformément aux préceptes du monde. Quel est ce sujet d’inquiétude : manquer de nourriture, manquer de vêtements, d’inquiétudes qui poussent à faire des réserves. Jésus-Christ nous dit ne pas s’inquiéter pour cela, qui sont des choses matérielles, des choses que recherchent ceux qui sont du monde, mais de rechercher le Royaume de Dieu, c’est-à-dire de rechercher Dieu.
Il est évident que nous vivons dans le monde, et donc, avec un corps, et que nous avons des besoins vitaux, comme manger et des besoins matériels comme avoir un toit sur la tête, avoir des vêtements pour nous couvrir… Dieu sait tout cela, Il connaît nos besoins. Il nous demande de chercher d’abord son Royaume, et alors, tous nos besoins terrestres seront comblés et nous ne manquerons de rien. C’est la providence divine.
L’inquiétude des choses terrestres mène à la peur de manquer, et cette peur conduit à l’angoisse. L’homme qui s’inquiète de manquer de choses matérielles va plonger, petit à petit, dans de profondes angoisses qui vont le pousser à thésauriser (et on se souvient de celui qui recherche le trésor du monde) et à porter toute son attention sur ses besoins matériels. La peur est une émotion, elle n’est pas du domaine spirituel. Là, on n’est plus dans le domaine du matériel, mais bien dans le domaine du psychique, car la peur engendre des réactions émotionnelles négatives. Et lorsqu’on a peur, on a du mal à réfléchir. Alors on va chercher des solutions rapides, afin d’atténuer notre peur, des solutions qui vont engendrer forcément d’autres problèmes. On pense aussi à tous ces gens qui ont peur de la mort et de la maladie et qui vont rechercher, par tous les moyens, à faire calmer cette peur. Cela, les médias l’ont bien compris, et c’est pour cela que les médias maintiennent les gens dans une atmosphère angoissante, en parlant sans arrêt de maladie, de meurtres, de guerres, de violence…
Cette inquiétude, cette peur de manquer, est directement liée à Mamon, et nous verrons ce que représente en vérité cet esprit de Mamon.

Ce mot מאמונא – mamona désigne aussi les richesses injustes, c’est pourquoi on appelait le « Mammon de l’injustice » toutes les richesses que quelqu’un accumulait par le fruit de son injustice. On y voit clairement la recherche des trésors du monde, autant la richesse que l’on accumule sur son compte en banque que le savoir que l’on accumule pour tromper les autres et en obtenir du profit.
Donc, Mammon est relié à l’argent. Cependant, l’argent peut-il être injuste ?
L’argent a été inventé par l’homme pour simplifier les échanges commerciaux. L’argent est donc, à la base, un outil, il n’est ni bon ni mauvais, il sert à simplifier les échanges commerciaux. L’argent devient injuste lorsque l’homme se sert de cet outil avec une mauvaise intention, celle non plus de simplifier les échanges commerciaux, mais de chercher à s’enrichir en lésant l’autre.
Prenons l’exemple d’un marteau. C’est un outil très utile en menuiserie, très utile au charpentier et à tous ceux qui travaillent le bois. Le marteau est donc un outil qui sert à la construction. Mais si l’on s’en sert mal, avec une mauvaise intention, on peut tuer quelqu’un en le frappant avec cet outil. Donc, ce n’est pas l’outil qui est mauvais, mais la manière dont on s’en sert. Ainsi, ce n’est pas l’argent qui est mauvais en soi, mais c’est la manière dont on se sert de l’argent qui est mauvais. Celui qui s’en sert mal va engendrer des richesses injustes. Celui qui s’en sert bien va faire du commerce d’une manière honnête, s’en chercher à s’enrichir sur le dos de pauvres gens.
Celui qui recherche Mammon, donc la richesse injuste, court après les trésors du monde qu’il va amasser sur Terre pour son propre enrichissement. On ne peut chercher les trésors du monde et la richesse injuste et Dieu en même temps.
Dans le monde, l’argent est devenu un inducteur d’injustice, on en a fait un inducteur d’injustice. Le monde bat au rythme de l’argent, tout s’achète, tout se vend, et rien n’est possible sans argent. On a besoin d’argent pour manger, pour boire, pour se vêtir… L’homme de Mamon a trouvé le moyen de faire payer au plus pauvre ses besoins vitaux. Et donc, on nous rend esclaves de l’argent, et l’argent devient notre maître. Or, on ne peut servir deux maîtres à la fois.
Le monde crée l’inquiétude, la peur du lendemain, la peur de manquer de nourriture, de vêtements, de biens matériels, d’argent. Et Dieu nous dit justement de sortir de cette peur, de nous libérer du « maître » argent, de l’argent injuste qui nous plonge dans l’angoisse.
Ainsi, cette recherche de la richesse injuste nous fait dévier, nous éloigne de Dieu. Celui qui recherche la richesse injuste, celle qui s’acquiert toujours au détriment de l’autre, par la tromperie, par l’avarice, par la convoitise ou avec le but d’acquérir un certain pouvoir, de paraître au-dessus de la masse, d’être vu et loué pour ses biens matériels, dévie et s’éloigne de Dieu, car il recherche les trésors du monde, et dans ces trésors, ne l’oublions pas, il y a aussi le savoir humain que l’on veut acquérir pour se placer au-dessus des autres, pour le pouvoir qu’il donne sur les autres, pour la notoriété, pour asservir l’autre…


Le verbe μεριμνάω – merimnao signifie être inquiet, être troublé par des soucis. Mais ce verbe a un second sens qui est celui de s’occuper d’une chose, de chercher à promouvoir ses propres intérêts.
Ainsi, il ne faut pas être inquiet, il ne faut pas être troublé par des soucis, et il ne faut pas chercher à promouvoir ses propres intérêts.

Ainsi, il ne faut pas s’inquiéter pour sa vie sur Terre, et il ne faut pas chercher à promouvoir sa vie sur Terre, à rechercher son propre intérêt pour sa vie sur Terre.

La voix active indique que nous sommes acteurs de l’action et que nous devons le rester, et l’aoriste second montre que cela concerne toutes les actions, autant passées, présentes et à venir, avec de possibles implications sur le futur. C’est-à-dire qu’il peut y avoir des actions passées ou en train de se produire ou qui vont se passer et peut être programmées, et que ces actions peuvent avoir des répercussions dans le futur. On ne doit pas s’inquiéter de cela. Quant au mode subjonctif, il est le mode de la probabilité et de la possibilité, c’est-à-dire que l’action décrite peut ou non se produire en fonction des circonstances.
Le verbe φάγω – phago signifie manger, consommer une chose. Ainsi, on ne doit pas s’inquiéter pour ce que l’on va manger ou consommer, on ne doit pas non plus rechercher ses propres intérêts dans ce que l’on mange ou que l’on consomme.
Donc, en fonction de ce qui s’est passé, de ce qui est en train de se passer ou de ce qui pourrait se produire, de ce qu’on entend, de qu’on lit dans les journaux, ne nous inquiétons pas de ce l’on va manger, c’est-à-dire ne nous inquiétons pas de ce qui est vital. Sinon, on peut vite tomber dans le stress et craindre pour notre propre vie sur Terre. C’est la peur de l’avenir.

Le verbe ἐνδύω – enduo signifie se vêtir, donc le vêtement, la parure, le manteau, le vêtement extérieur.
Ainsi, il ne faut pas s’inquiéter du comment est vêtu notre corps, et ne pas chercher à vêtir notre corps dans le but de promouvoir ses propres intérêts. Et l’on revient à la notion du paraître. D’un côté, il ne faut pas s’inquiéter de la manière dont nous sommes habillés, donc, implicitement, ne pas suivre la mode, et d’un autre côté, il ne faut pas s’habiller, revêtir des vêtements, donc un costume, dans le but de paraître, de jouer un rôle, comme les pharisiens qui s’affichaient dans des vêtements qui montraient leur statut social. S’afficher avec de beaux vêtements est une action qui peut ou ne pas se produire, tout dépend si le public est présent ou non. Alors que manger est une nécessité personnelle, s’afficher avec de beaux vêtements, se montrer est quelque chose qui dépend des circonstances et qui a besoin d’un public. Sans le public, celui qui cherche à s’afficher ne peut accomplir son action.
Le premier besoin, celui de manger, est un besoin vital. Si l’on ne mange pas, on meurt. Qu’on le veuille ou pas, qu’on en ait envie ou pas, on doit manger pour ne pas mourir.
Pas contre, pour le vêtement c’est différent. Le vêtement ne relève pas de ce qui est vital, on ne meurt pas si l’on n’est pas habillé ou si l’on porte de vieux vêtements élimés jusqu’à la trame. Symboliquement, le vêtement relève de la possibilité que quelque chose arrive ou non, mais que l’on ne maîtrise pas. Le vêtement est une protection contre le froid par exemple, ou, dans certains métiers, on revêt un vêtement de travail ou de protection.
Le vêtement est aussi un outil de mode ou de conformité, pour montrer son appartenance à un groupe.
On revêt aussi un vêtement en fonction des circonstances, de la météo, des évènements. Par exemple, s’il fait froid, on va préférer un manteau en laine, pour aller au bureau, on va préférer une tenue classique, pour faire du sport, on va préférer un jogging. Mais, si l’on vient au bureau en jogging, on risque peut-être le renvoi, mais on n’en meurt pas. Si l’on fait du sport en pantalon en toile, on ne sera pas forcément à l’aise, mais on n’en meurt pas. Au contraire de la nourriture, si l’on ne se nourrit pas, on meurt, pour le vêtement, on ne meurt pas si l’on porte une tenue inadéquate ou de vieux vêtements ou si on n’est pas à la mode. Il est évident que je m’habille en fonction des circonstances, je ne vais pas sortir dans la rue en short et en t-shirt en hiver, je vais préférer enfiler des vêtements chauds. De la même manière, si je suis mécanicien, je vais préférer porter un bleu de travail et non un costume trois-pièces. Je vais m’habiller surtout en fonction des éléments extérieurs, et dans ce cas là, je n’ai pas à m’inquiéter. J’aurai toujours un manteau en hiver, et un short en été.
Comme Dieu a habillé Adam et Eve à la sortie du jardin d’Éden, Il nous fera toujours trouver des vêtements en fonction des éléments extérieurs, et pile-poil ce dont nous avons besoin, en sachant qu’être à la mode, c’est du superflu.
Versets 27 à 33
²⁷Qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une coudée à la durée de sa vie ?
²⁸Et pourquoi vous inquiéter au sujet du vêtement ? Considérez comment croissent les lis des champs : ils ne travaillent ni ne filent ; ²⁹cependant je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’eux. ³⁰Si Dieu revêt ainsi l’herbe des champs, qui existe aujourd’hui et qui demain sera jetée au four, ne vous vêtira-t-il pas à plus forte raison, gens de peu de foi ?
³¹Ne vous inquiétez donc point, et ne dites pas : Que mangerons-nous ? Que boirons-nous ? De quoi serons-nous vêtus ? ³²Car toutes ces choses, ce sont les païens qui les recherchent. Votre Père céleste sait que vous en avez besoin. ³³Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu ; et toutes ces choses vous seront données par-dessus.
Quand on y pense, il est vrai que l’on a beau s’inquiéter, on ne peut pas ajouter même une seconde à sa vie. On ne maîtrise pas cela, personne ne maîtrise le temps. Il s’écoule et passe, et il n’y a aucun moyen pour changer le passé.
L’ego nous fait toujours vivre dans les regrets du passé et la peur de l’avenir. Celui qui vit dans les regrets du passé est coincé dans son passé, et il ne peut avancer. Dieu nous demande de réfléchir à ce passé, d’en prendre les expériences qui nous ont fait grandir, et de continuer d’avancer. Et celui qui vit dans la peur de l’avenir, lui non plus, n’avance pas. Il est paralysé par la peur, ce qui l’empêcher d’avoir des projets. Alors, il reste immobile, n’osant bouger.
Ainsi, Dieu nous demande de ne pas avoir peur ni pour nos besoins vitaux, malgré tout ce que l’on entend, tout ce que l’on voit, malgré l’angoisse permanente maintenue par les médias. Et Dieu nous demande de ne pas avoir peur pour nos besoins qui ne sont pas vitaux, mais de circonstance, comme le vêtement. Nous aurons toujours de quoi nous vêtir, un toit sur la tête, une couette pour l’hiver… Il faut faire confiance à Dieu, qui connaît chacun de nos besoins, et qui sait de quoi nous sommes faits.
Dieu nous dit de ne pas nous inquiéter, car c’est le païen, comprenez l’homme sans Dieu, qui s’inquiète et qui recherche les trésors du monde, qui a peur de manquer. Celui qui marche avec Dieu fait confiance à Dieu, et donc, il sait que Dieu comblera tous ses besoins vitaux et ses besoins de circonstances. Cependant, Dieu sait que l’on vit dans un monde anxiogène, et que l’on aura toujours des sujets des inquiétudes, et pour cela, Il nous donne sa solution : « Ne vous inquiétez de rien, mais en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu, par des prières et des supplications, avec des actions de grâces » (Philippiens 4:6).
En réalité, au lieu du mais de la traduction, il faudrait lire néanmoins ou tout de même : « Ne vous inquiétez de rien, néanmoins en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu… ». C’est-à-dire que si vous avez des sujets d’inquiétude, confiez-les à Dieu dans la prière. Et le simple fait de les verbaliser et de se savoir écouté permet d’atténuer l’inquiétude et de combattre la peur qu’elle engendre, car on sait que Dieu est notre forteresse, qu’Il nous écoute, qu’Il gère tout et qu’Il est notre berger. Il nous conduira vers de verts pâturages, donc, faisons-lui confiance.

Ainsi, jusqu’au matin suivant, on ne doit pas s’inquiéter. Et le lendemain matin, on reprend cette Parole de Dieu pour ne pas s’inquiéter jusqu’au matin suivant et ainsi de suite. C’est pour cela que chaque jour suffit à sa peine.

Ainsi, de jour en jour, chaque jour, il faut lutter contre sa nature mauvaise, c’est-à-dire son ego. Que fait l’ego ? Il nous fait vivre dans les regrets du passé et la peur de l’avenir. Donc, chaque jour, il faut vivre le temps présent pour se libérer des regrets du passé et de la peur de l’avenir.
Le chapitre 6 de l’Évangile de Matthieu est à présent terminé. Et l’on verra, lorsqu’on reprendra les études de l’Évangile de Matthieu, que le chapitre 7 est dans la continuité du discours de Jésus-Christ entamé au chapitre 5. Ce chapitre 7 sera étudié après les études du chapitre 2 de l’Ancien Testament et après les études du psaume 6. Ainsi, comme le veut Dieu, on étudiera l’Ancien Testament pour mieux comprendre le Nouveau Testament.
Que Dieu vous garde et vous bénisse.

Pour écouter cette étude sur la chaîne @VeriteetDelivranceChrist
