L’Évangile de Matthieu
La guérison du lépreux – Matthieu 8:1-4
Le chapitre 8 de l’Évangile de Matthieu est une mise en application du discours de Jésus-Christ sur la montagne, avec une succession de récits de miracles comme la guérison d’un lépreux, la guérison du serviteur d’un centenier, la guérison de la belle-mère de Pierre, la guérison et la délivrance de plusieurs démoniaques et de plusieurs malades, le miracle de la tempête apaisée, la délivrance de deux démoniaques dans le pays des Gadaréniens. Tous ces miracles sont des exemples de mises en application de la Parole. Et entre ces différents miracles qui donnent des clefs de compréhension de la Parole de Dieu, Jésus-Christ nous livre d’autres enseignements spirituels très profonds. Ce chapitre huit de l’Évangile de Matthieu est donc très riche en préceptes divins.
Dans cette première étude concernant le chapitre 8 de l’Evangile de Matthieu, nous allons réfléchir sur le premier miracle de guérison réalisé par Jésus-Christ qui est la guérison d’un lépreux, nous allons nous pencher particulièrement sur la demande du lépreux et la réponse de Jésus-Christ.
Rappelons que Matthieu adresse son évangile à des croyants qui connaissent les coutumes juives, et que son but est de montrer que Jésus est le Christ, le Messie annoncé par les prophéties. Il est certainement l’évangéliste qui fait le mieux comprendre que le Nouveau Testament est éclairé par l’Ancien Testament, lequel ne se comprend qu’à la lumière du Nouveau Testament.
Lisons les versets 1 à 4 du chapitre 8 de l’Évangile de Matthieu
¹Lorsque Jésus fut descendu de la montagne, une grande foule le suivit.
²Et voici, un lépreux s’étant approché se prosterna devant lui, et dit : Seigneur, si tu le veux, tu peux me rendre pur.
³Jésus étendit la main, le toucha, et dit : Je le veux, sois pur. Aussitôt il fut purifié de sa lèpre.
⁴Puis Jésus lui dit : Garde-toi d’en parler à personne ; mais va te montrer au sacrificateur, et présente l’offrande que Moïse a prescrite, afin que cela leur serve de témoignage.
Matthieu 8:1-4, traduction Louis Segond
On remarquera que Jésus-Christ guérit le lépreux après qu’Il fut descendu de la montagne, donc après son discours sur la montagne qui s’étale des chapitres 5 à 7 de l’Évangile de Matthieu. Lors de ce discours, Jésus-Christ explique plusieurs notions spirituelles très importantes. Il donne les béatitudes, il explique que ses disciples sont le sel de la terre, il explique qu’il n’est pas venu pour abolir la loi, mais pour l’accomplir, il explique ce qu’est la véritable prière au Père, le véritable dialogue avec le Père et donne un exemple de prière, il recommande de s’amasser des trésors dans le ciel et non sur la Terre, il avertit sur le fait qu’il ne faut pas suivre deux maîtres à la fois, il exhorte ses disciples à s’en remettre à Dieu, à ne pas s’inquiéter du lendemain, il parle aussi du jugement et explique ce qu’est le véritable jugement, il invite à persévérer dans la prière, et il met en garde contre les faux prophètes afin de bâtir sa maison sur le roc, c’est-à-dire sur la Parole de Dieu. Dans tout ce long discours, Jésus-Christ montre la véritable justice dans la Loi, celle de la Torah, des cinq premiers livres de la Bible.
Et c’est une fois ce discours terminé, ce grand enseignement, que Jésus-Christ va guérir le lépreux, et pour cela, il descend de la montagne. Ce qui signifie que le lépreux est en bas de la montagne. A-t-il assisté au discours de Jésus-Christ ? Était-il en haut de la montagne et est-il redescendu avec la foule ?
Si on lit attentivement le texte, on comprend que Jésus est suivi par la foule (en réalité des foules, c’est-à-dire des groupes de gens) donc des personnes qui étaient sur la montagne et qui ont entendu son discours. Jésus marche devant eux. Et c’est en redescendant de la montagne que le lépreux l’interpelle. Donc, ce lépreux n’était pas parmi la foule, il n’est pas monté sur la montagne. Il a attendu Jésus-Christ en bas de la montagne.
Ajoutons que dans ce temps là, les lépreux étaient marginalisés, hors des villes, mis en quarantaine, éloignés. Il ne fallait surtout pas qu’ils s’approchent des autres. Ils trouvaient refuge dans des grottes, et parfois, des proches ou des personnes charitables leur apportaient de la nourriture et des vêtements. Donc, ce lépreux ne pouvait pas se mêler à la foule sur la montagne, cela lui était interdit.
Ce lépreux s’approche de Jésus et il se prosterne devant lui. Il sait qui est Jésus. Et il lui fait cette demande toute particulière : « si tu le veux, tu peux me rendre pur ». Et Jésus de lui répondre comme un grand Seigneur : Oui je le veux. C’est comme si l’on arrivait devant quelqu’un qui jouit d’un certain pouvoir, un homme important, et qu’on lui demandait une faveur qui est à sa portée, comme effacer une dette, nous donner un travail… Là, on a l’impression que le lépreux dit à Jésus : je sais que tu peux me guérir, est-ce que tu veux me guérir ? » Et l’on verra que le texte original en grec va montrer une tout autre demande.
Ajoutons que Jésus touche le lépreux, ce qui signifie que ce lépreux est très près de lui. Jésus défie alors toutes les règles sanitaires de l’époque, celles justement émises par les hommes en s’appuyant sur la Loi, la Torah. Jésus, qui avait dit juste avant qu’il était venu accomplir la Loi, là, il défie la Loi. Et on verra qu’en faisant cela, non seulement il accomplit la Loi et il en montre toute la justesse et la justice de Dieu.
Enfin, remarquons que Jésus ne lui dit pas de se montrer à la foule, mais de n’en rien dire et d’aller se montrer au sacrificateur et de présenter son offrande. Se montrer au sacrificateur et présenter son offrande, deux actes très intimistes qui demandent une certaine préparation, et donc du temps. Pourquoi Jésus-Christ lui demande-t-il cela ? On verra qu’il y a derrière cette demande un grand enseignement que certains mouvements religieux chrétiens ne mettent absolument pas en pratique.

Ce verbe καταβαίνω – katabaino était utilisé pour décrire l’action de descendre du ciel ainsi que l’action de descendre de l’intérieur des terres vers la mer. Et au figuratif, ce terme désigne le fait d’arriver au terme de quelque chose, d’atteindre le but.
Ainsi, Jésus-Christ ne descend pas simplement de la montagne, Il a fini son discours, Il a atteint son but, celui de toucher les esprits, et maintenant, Il peut parler aux esprits des gens qui l’ont écouté, cet esprit qui est symbolisé par la mer. Le but était de libérer les esprits des personnes qui étaient venus l’écouter, les libérer de leurs fausses croyances, de leur religion, de leurs doctrines… afin de les faire revenir à Dieu. Et le but est atteint, puisqu’une grande foule l’a suivi.

On se souvient, aux versets précédents, aux versets 28 et 29 du chapitre 7 de l’Évangile de Matthieu, que tous ceux qui ont entendu le discours de Jésus-Christ sont restés impressionnés, car Il les enseignait avec autorité. Lors de cette étude, nous avions dit qu’il n’y avait pas qu’une seule foule venue écouter Jésus-Christ, mais plusieurs, sous-entendu que les personnes qui se sont regroupées autour de Jésus-Christ venaient de tout horizon, qu’ils se sont regroupés avec des personnes qui leur ressemblaient, c’est-à-dire qui venaient du même endroit qu’elles, ou qui avaient les mêmes croyances. Ce sont ces mêmes personnes qui forment toujours ces groupements qui suivent à présent Jésus-Christ. D’où que l’on vienne et malgré nos croyances (qui le plus souvent viennent de l’éducation et des traditions), tous nous sommes appelés à suivre Jésus-Christ.

Ainsi, toutes ces foules, tous ces groupements de personnes qui ont entendu et écouter le discours de Jésus-Christ sur la montagne le suivent, c’est-à-dire qu’ils font maintenant route avec lui, qu’ils le suivent par l’intelligence, c’est-à-dire qu’il y a eu auparavant une réflexion suivie de la décision de suivre Jésus-Christ et de se laisser conduire par Lui.
Ce n’est pas seulement suivre quelqu’un, c’est la prise d’une décision personnelle, qui vient après réflexion, de suivre le même chemin que quelqu’un, de vouloir lui ressembler, de se laisser guider et conduire par cette personne. Et ces foules qui le suivaient, peu importe leurs croyances, leurs religions, leurs coutumes… toutes furent frappées dans leur intelligence par l’enseignement de Jésus-Christ et toutes ont pris la décision réfléchie de faire de Jésus-Christ le Seigneur de leur vie. Ainsi, toutes ces personnes ont fait le choix de devenir disciples de Christ.
Cela signifie aussi que Jésus-Christ, qui est la Parole faite chair, parle à tous et son enseignement est compréhensible de tous.

La particule καὶ – kai est une conjonction que l’on peut traduire par et, aussi, mais, même, en effet.
Là où cela devient intéressant, c’est lorsqu’on se penche sur ce verbe qui lui est ajouté, le verbe ὁράω – horao, qui, dans notre texte, est conjugué à la seconde personne du singulier de l’aoriste actif et à l’impératif. Ce verbe signifie voir, regarder, voir avec l’esprit, donc discerner, faire attention, prendre garde à. Littéralement, il aurait fallu traduire par « et regarde » ou « et vois avec l’esprit » ou « et fais attention ».
Intéressons-nous à la conjugaison pour y voir plus clair. En grec ancien, l’aoriste actif est un temps verbal utilisé pour exprimer une action achevée dans le passé. Ce temps permet de décrire des évènements passés. L’impératif en grec ancien permet d’exprimer un ordre, une défense, une prière ou une exhortation. Ainsi, l’impératif aoriste exprime un ordre ponctuel, considéré dans sa globalité comme un évènement unique.
C’est comme si l’auteur du texte, qui est Matthieu, nous dit de regarder attentivement ce qu’il va se passer, de voir en esprit ce qu’il va se passer, de considérer cet évènement unique qui est passé et d’y réfléchir. Ici, Matthieu souhaite attirer notre attention sur cet évènement qui s’est passé une seule fois. Et effectivement, il s’agit de la première guérison réalisée par Jésus-Christ et elle est unique dans son déroulement. Il aura d’autres guérisons et toutes seront uniques dans leurs circonstances et enseignements.

À l’époque de Jésus-Christ, les lépreux étaient considérés comme impurs et étaient isolés. Ils étaient jetés hors des lieux d’habitation, et devaient mendier pour survivre. Il était interdit de s’en approcher et de les toucher.

Le verbe προσέρχομαι – proserchomai signifie venir à, s’approcher de, se présenter, se joindre à, aller près de. Ainsi, ce lépreux s’est approché de Jésus une seule et unique fois. Jamais auparavant il ne s’était approché de lui physiquement. Notons que ce lépreux prend un énorme risque en s’approchant de Jésus, celui d’être mis à mort par la foule. Lui qui vivait à l’écart de tous, il s’est approché de Jésus une seule et unique fois, juste pour lui faire cette demande. Personne ne le connaît, on ne connaît pas son nom, et pourtant, lui, il connaît Jésus puisqu’il se prosterne devant lui. Regardons maintenant sa demande.

Donc, ce lépreux appelle Jésus seigneur, ce qui signifie qu’il connaît Jésus, même si jamais il ne s’était approché physiquement de lui. Il connaît Jésus en esprit, il s’est approché spirituellement de Lui, comme on va le comprendre grâce à la formulation de sa demande.

Ce verbe est conjugué à l’aoriste actif et au subjonctif de la deuxième personne du singulier. Ce temps particulier sert à exprimer une défense ou une demande ponctuelle, que l’on pourrait traduire en français par « si l’heure est arrivée, si c’est maintenant mon heure »…
Ainsi, ce lépreux demande littéralement à Jésus-Christ « Si c’est dans ton plan maintenant, guéris-moi ». Ce lépreux avait cette foi qu’il allait guérir, il attendait le bon moment pour cette guérison. Et c’est ce qu’il demande à Jésus-Christ, est-ce que son temps est arrivé, est-ce l’heure de sa guérison ? Par cette demande particulière que l’on ne peut saisir que si l’on se penche sur la conjugaison qu’emploie Matthieu, on comprend que ce lépreux était convaincu de sa guérison, car il en avait fait la demande dans la prière à Dieu, et qu’il était en juste en attente. L’attitude de ce lépreux, cette attitude de foi, exprime ces deux paroles de Jésus-Christ :
« Demandez, et l’on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l’on vous ouvrira. » (Matthieu 7:8)
« C’est pourquoi je vous dis : Tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous l’avez reçu, et vous le verrez s’accomplir. » (Marc 11:24)
Ce lépreux, dans ses prières, avait demandé sa guérison. Dans sa foi en Dieu, il savait, il était convaincu que Dieu allait le guérir et il attendait ce moment. Et là, il demande à Jésus-Christ si ce moment est arrivé. Quelle foi ! Quel exemple pour nous tous !
De plus, remarquons que ce lépreux a reconnu Jésus-Christ comme le Fils de Dieu, le Messie. Il ne lui demande pas de le guérir, il lui demande si c’est ce moment-là précisément que Dieu a choisi de le guérir.
Regardons maintenant la réponse de Jésus-Christ.

On est davantage dans l’amour que dans l’autorité. Le texte tel qu’il est traduit donne l’impression que Jésus-Christ est autoritaire par l’emploi de « je le veux », donc implicitement, c’est parce que je le veux que tu vas être guéri. Alors que pas du tout ! Jésus-Christ répond à la foi du lépreux en lui disant « maintenant, c’est l’heure pour toi ». On est dans un échange très doux. On sent un dialogue très proche entre ce lépreux, qui était dans l’attente, et Jésus-Christ qui répond à cette attente, et surtout, qui connaissait cette attente, comme une certaine connivence.
Prenons l’exemple de deux amis. L’un des deux est dans l’attente d’un grand évènement pour sa vie. L’autre connaît l’attente de son ami, et sait précisément quand aura lieu cet évènement. Et le moment venu, il dit à son ami, c’est maintenant.
Remarquons que Jésus touche le lépreux. Il défie donc, en le touchant, toutes les règles sanitaires de l’époque. En effet, toucher un lépreux était voué à ce que l’on soit à son tour considéré comme un lépreux. Or, là, Jésus non seulement est proche du lépreux, et en plus, Il pose sa main sur lui. En faisant ainsi, il devenait, pour les légistes de son époque, lui-même souillé, donc impur.
Que montre-t-Il ? Que cet homme était malade, et non impur ! Les gens le considéraient pire qu’un animal, comme un être inférieur que l’on devait mettre au rebut. Jésus-Christ nous montre qu’il faut aimer ceux qui souffrent, ceux qui sont rejetés, leur montrer qu’ils existent, qu’ils restent humains malgré leurs difformités.
Et spirituellement, Jésus-Christ nous montre que quelqu’un de pur, de saint, ne peut être souillé par l’impur. Celui qui est protégé par Dieu, guidé par l’Esprit de Dieu, peut se trouver au milieu du monde tout en gardant sa sainteté. Rien ne peut le souiller.

Et Jésus-Christ lui demande d’aller se montrer au sacrificateur, et de présenter son offrande que Moïse a prescrite.

Le lépreux ne doit parler de sa guérison à personne. Au contraire, il doit se montrer au sacrificateur. Pourquoi ?
Si le lépreux en parle autour de lui, il va certes témoigner de sa guérison, et donc des pouvoirs et de la puissance de Jésus-Christ. Mais ce n’est pas ce qui lui est demandé. Le véritable témoignage ne se trouve pas là. En effet, Jésus-Christ met en opposition le témoignage et l’obéissance. Le véritable témoignage c’est l’obéissance à Dieu. C’est pour cela que Jésus-Christ dit à ce lépreux d’obéir à la Loi (qui vient de Dieu) et de tout faire tel que le prescrit la Loi de Dieu. Jésus-Christ dit clairement à cet homme d’aller se montrer au sacrificateur, et de faire ce qui est prescrit par la Parole de Dieu et c’est cela qui servira de témoignage. Le véritable témoignage n’est pas de raconter sur la place publique le miracle, il n’est pas dans ce qui frappe les yeux, dans ce qui est dans l’extraordinaire, dans le spectacle, comme cela se fait bien souvent aujourd’hui ! Le véritable témoignage est dans l’obéissance à la Parole de Dieu.
Ce point est très important. C’est pour cela que l’on fera un petit détour « bonus » pour mieux l’expliciter dans la prochaine étude.
Ajoutons qu’une guérison doit se vivre en intimé. Elle doit se digérer dans l’intimité. Le fait que cet homme doive se rendre auprès du sacrificateur pour se faire examiner et qu’il doit présenter son offrande montre tout un cheminement qui prend du temps. Dans cette offrande, qui est présentée dans le Livre du Lévitique, il y a tout un délai à respecter, tout un protocole. Ça ne se fait pas comme cela, en un claquement de doigts, vite, vite. Il faut prendre son temps, et effectuer chaque étape. Il y a toute une procédure à suivre, qu’on ne va pas étudier ici, mais qui montre que justement, il y a un temps nécessaire à la digestion de la guérison. Il faut s’habituer à la guérison, il faut se réhabituer, par exemple pour ce lépreux, à revivre avec les siens, à ne plus être seul. La guérison est certes physique, mais elle implique aussi de nombreux processus psychologiques.
Cette première guérison réalisée par Jésus-Christ est riche en enseignements. Pour aller plus loin, je vous propose, dans la prochaine étude, qui sera une étude bonus, d’approfondir cette notion de miracle et de guérisons, afin, d’une part, d’expliciter ce qu’est le véritable témoignage, et d’autre part, de montrer que Dieu intervient et agit toujours de manières différentes, selon son plan, selon nos besoins, selon les circonstances, et qu’aucun miracle ne se ressemble.
Que Dieu vous garde et vous bénisse.

