L’Évangile de Matthieu
La foi du centenier – Matthieu 8:5-10
Le chapitre 8 de l’Évangile de Matthieu est une mise en application du discours de Jésus-Christ sur la montagne, avec une succession de récits de miracles comme la guérison d’un lépreux, la guérison du serviteur d’un centenier, la guérison de la belle-mère de Pierre, la guérison et la délivrance de plusieurs démoniaques et de plusieurs malades, le miracle de la tempête apaisée, la délivrance de deux démoniaques dans le pays des Gadaréniens. Tous ces miracles sont des exemples de mises en application de la Parole. Et entre ces différents miracles qui donnent des clefs de compréhension de la Parole de Dieu, Jésus-Christ nous livre d’autres enseignements spirituels très profonds. Ce chapitre huit de l’Évangile de Matthieu est donc très riche en préceptes divins.
Dans cette étude, la Parole de Dieu nous enseigne sur la foi, avec l’exemple de ce centenier, un homme païen, qui fait preuve d’une grande confiance en Jésus-Christ, une demande qui renferme une telle foi en Dieu qu’elle éclaire ceux qui sont censés avoir foi en Dieu.
Rappelons que Matthieu adresse son évangile à des croyants qui connaissent les coutumes juives, et que son but est de montrer que Jésus est le Christ, le Messie annoncé par les prophéties. Il est certainement l’évangéliste qui fait le mieux comprendre que le Nouveau Testament est éclairé par l’Ancien Testament, lequel ne se comprend qu’à la lumière du Nouveau Testament.
Lisons les versets 5 à 10 du chapitre 8 de l’Évangile de Matthieu
« ⁵Comme Jésus entrait dans Capernaüm, un centenier l’aborda, ⁶le priant et disant : Seigneur, mon serviteur est couché à la maison, atteint de paralysie et souffrant beaucoup. ⁷Jésus lui dit : J’irai, et je le guérirai. ⁸Le centenier répondit : Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit ; mais dis seulement un mot, et mon serviteur sera guéri. ⁹Car, moi qui suis soumis à des supérieurs, j’ai des soldats sous mes ordres ; et je dis à l’un : Va ! Et il va ; à l’autre : Viens ! Et il vient ; et à mon serviteur : Fais cela ! Et il le fait. ¹⁰Après l’avoir entendu, Jésus fut dans l’étonnement, et il dit à ceux qui le suivaient : Je vous le dis en vérité, même en Israël je n’ai pas trouvé une aussi grande foi. »
Matthieu 8:5-10, Traduction Louis Segond
Commençons à circoncire le contexte : Jésus entre à Capernaüm. Si ce détail est donné, c’est qu’il a son importance. Que s’est-il passé avant l’entrée dans la ville de Capernaüm ? Jésus a guéri un lépreux qui l’attendait et qui avait déjà demandé sa guérison à Dieu et qui attendait son accomplissement. Ainsi, cet homme a demandé à Jésus-Christ non pas de le guérir, mais si son heure de guérison était arrivée. Nous avions vu tout cela lors de l’étude précédente, et nous avions dit que cette première guérison miraculeuse avait été réalisée par Jésus-Christ juste après le discours sur la montagne, devant de nombreuses personnes qui suivaient Jésus, donc qui étaient devenues après son discours, des disciples de Jésus. Et là, cet homme vient comme une démonstration au discours de Jésus-Christ.
Donc, nous en sommes après cette première guérison miraculeuse. Nous savons que Jésus a touché cet homme, donc qu’il était très proche de lui. Pour le serviteur du centenier, la guérison sera opérée d’une manière tout à fait différente. Déjà, il s’agit d’une intercession, le centenier vient demander à Jésus de guérir son serviteur. Et cette guérison va s’opérer à distance, puisque Jésus ne se rend pas au chevet du serviteur, mais Il va, par une Parole, assurer le centenier de la guérison de son serviteur.
Ce qui est très intéressant, c’est la demande du centenier. Dans l’armée romaine, le centenier était un officier romain qui avait sous ses ordres cent soldats. Ainsi, cet homme était quelqu’un qui avait l’habitude de donner des ordres, et qui était lui-même soumis aux ordres qu’il recevait de ses supérieurs. Il dit à Jésus qu’il a des supérieurs à qui il est soumis, qu’il écoute, et il a des serviteurs à qui il parle et qui l’écoutent. Et l’on va comprendre qu’en réalité, ce centenier expose les trois axes de la foi, et c’est pour cela que Jésus lui répond qu’il n’a jamais vu une telle foi dans tout Israël.
Cet évènement a été aussi raconté par Luc, et pour bien le comprendre, nous avons besoin de comprendre ce qu’il s’est passé véritablement, et pour cela, de comparer les textes de Matthieu et de Luc, car les textes des Évangiles qui rapportent le même évènement se complètent et chaque texte apporte des détails pour une compréhension globale de l’évènement. C’est notamment le cas pour le texte de notre étude.
Remarque : certains pensent que Jean rapporte aussi le même évènement en Jean 4:46-53, mais si on lit ce texte, on s’aperçoit assez vite que le contexte n’est pas le même et que l’évènement que décrit Jean n’est pas celui du centenier, car il ne se situe pas au même moment. De plus, l’homme qui vient voir Jésus le prie de guérir son fils, et non son serviteur, et il n’est pas centenier, mais officier du roi.
Comparaison des textes

Lorsqu’on lit le texte de Luc, on note quelques différences par rapport au texte de Matthieu. Pourquoi ? Parce que les deux évangélistes ne s’adressent pas au même public. Matthieu s’adresse aux Juifs et Luc réalise une enquête qui est adressée à Théophile, le « très excellent Théophile ». Qui est-il ? Selon l’historien juif Flavius Josèphe, et selon d’autres écrits notamment de la littérature rabbinique de l’époque de Jésus ainsi que les papyri et les inscriptions diverses retrouvées, Théophile a servi comme Grand Prêtre de 37 à 41 après J.-C. et il appartenait à la plus importante et la plus riche famille juive.
Dans son texte, Luc précise que le centenier a entendu parler de Jésus, donc il connaît Jésus de réputation. Et ce centenier connaît quelques anciens juifs, et il leur demande d’intercéder pour lui auprès de Jésus. Ce n’est pas qu’il se sent supérieur pour aller lui-même demander à Jésus de guérir son serviteur. C’est tout simplement qu’il ne sent pas digne d’aller parler directement à Jésus. Et les anciens vont plaider sa cause auprès de Jésus par différents arguments, afin de montrer à Jésus que ce centenier a été bon avec le peuple juif. Jésus reçoit cette prière d’intercession et décide de se rendre auprès du centenier. Donc, Jésus voulait se rendre auprès du serviteur du centenier pour le guérir. Et là, encore une fois, le centenier envoie des personnes dire à Jésus qu’il n’est pas digne qu’Il entre sous son toit. Le discours est le même pour les deux textes, à la différence que chez Matthieu c’est le centenier lui-même qui parle à Jésus et que chez Luc, ce sont des serviteurs qui rapportent à Jésus les paroles du centenier. Dans les deux cas, ce sont les paroles du centenier. Luc insiste vraiment sur l’attitude très humble de ce centenier, et Matthieu et Luc montrent aussi la foi très forte qui anime ce centenier.
Donc, nous avons là un homme qui jouit d’une certaine condition sociale, qui a sous ses ordres une compagnie de 100 légionnaires, qui pourtant est très humble et qui est animé d’une grande foi. Et l’on comprend que c’est grâce à sa foi que sa prière sera entendue et son serviteur guéri à distance.
Maintenant, décortiquons le texte de Matthieu.

Ce nom propre locatif est d’origine hébraïque. Il est formé du mot hébreu כָּפָר – kaphar qui signifie village et dont la racine primaire est un verbe qui prend le sens de couvrir, purger, faire une expiation, réconciliation, recouvrir de poix, ainsi que du mot hébreu נַחוּם – Nachuwm, qui est le prophète qui a prédit la chute de Ninive. Dans l’Ancien Testament, on trouve le Livre de Nahum, le Livre du nom de ce prophète, nom qui littéralement signifie consolation, qui a compassion.
Ainsi, et c’est cela qui est extraordinaire, le fait que Matthieu précise que Jésus entre dans Capernaüm, littéralement la ville de la réconciliation avec Dieu qui passe par la repentance et qui amène à la compassion, donc au pardon de Dieu. Tout un symbole ! Et c’est dans cette ville que Jésus va montrer ce qu’est la foi, et que seul un acte de foi permet d’obtenir la miséricorde de Dieu.

Le centenier n’aborde pas Jésus, il vient à Lui, il s’approche de Lui, il va près de Lui. Or, on sait, grâce au texte de Luc, que ce centurion n’était pas physiquement présent, mais qu’il avait envoyé des amis supplier Jésus de guérir son serviteur. Ce centurion n’était pas présent physiquement, mais il était présent spirituellement. Spirituellement, il était très proche de Jésus-Christ, et là, en esprit, il s’est de plus en plus rapproché de Dieu. D’ailleurs, il appelle Jésus Seigneur.

Donc, ce centurion interpelle directement Jésus en l’appelant Seigneur. Et ce mot κύριος – kurios est un titre attribué à Jésus-Christ quand on Le reconnaît Seigneur de nos vies.
Ainsi, ce centurion, qui a entendu parler de Jésus a reconnu Jésus en tant que Seigneur, c’est-à-dire, et c’est là que l’on revient à la symbolique de la ville de Capernaüm, qu’il s’est repenti, converti et qu’il a vu en Jésus-Christ son Sauveur et le Seigneur de sa vie. Cet homme est véritablement dans une démarche de sanctification, il chemine avec Dieu, dans une totale confiance et une véritable foi en Dieu.
Le centenier dit à Jésus que son serviteur est couché, atteint de paralysie et souffrant beaucoup, littéralement dans le texte grec παραλυτικός δεινῶς βασανιζόμενος – paralytikos deinōs basanizomenos. Dans le texte grec, Matthieu ne précise pas si le serviteur est couché, il dit que le serviteur est paralysé et qu’il souffre terriblement. Ajoutons que l’officier romain s’inquiète pour son serviteur, il a compassion, il le sait souffrant et cela l’attriste beaucoup. Il est un homme qui a du cœur, un homme qui prend en considération ceux qui l’entourent, un homme profondément bon. Et l’on revient à la ville de Capernaüm, la ville de la compassion.

L’aoriste actif, en grec ancien, est un temps verbal qui exprime une action ponctuelle et terminée dans le passé, ce n’est pas un futur, c’est quelque chose qui s’est passé et qui est terminé. Donc, au moment où Jésus est interpellé, au moment où Il parle, cette action « d’aller » est déjà passée et est terminée. Quant au participe, il est un mode verbal impersonnel qui a la particularité de pouvoir agir à la fois comme un verbe et comme un adjectif, permettant ainsi d’exprimer des nuances dans la conjugaison des verbes. Ici, dans le cas qui nous intéresse, il s’agit d’un participe circonstanciel.
Le verbe ἔρχομαι – erchomai signifie venir, et métaphoriquement, aller, devenir connu, suivre quelqu’un.
Ainsi, littéralement, il faudrait traduire par « étant venu ». C’est parce que Jésus est venu à Capernaüm, la ville de repentance et de la miséricorde, parce qu’Il est venu pour apporter la miséricorde, qu’Il guérira le serviteur du centenier qui lui aussi fait preuve de compassion. Et le verbe qui suit, le verbe guérir, est conjugué au futur simple. Il faut comprendre que par cette conjugaison un peu spéciale, Matthieu veut souligner le fait que c’est par la repentance que Dieu console et fait miséricorde. Et que Dieu écoute toujours et répond toujours à ceux qui font preuve de compassion, à ceux qui sont doux de cœur.

Littéralement, Jésus dit que parce qu’Il est venu dans la ville de la miséricorde et qu’Il a vu de la compassion dans le cœur du centenier, Il prendra soin de son serviteur, il le servira, il l’entourera de sollicitude (donc il le consolera), il le soignera. On n’est pas ici seulement dans la guérison du corps. L’emploi de ce verbe apporte aussi une notion de servir l’autre, et de prendre soin de l’autre.
Et cela rejoint la Parole de Dieu que nous pouvons lire en Matthieu 20:28 : « C’est ainsi que le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de plusieurs. »
Cela signifie que Jésus est venu pour s’occuper des malades spirituels, pour les guérir, pour leur apporter la consolation, la miséricorde… Notons aussi que Jésus a donné sa vie, on ne l’a pas tué, il a donné lui-même sa vie. Il s’est laissé mettre en croix, Il a donné sa vie pour payer notre dette.
Maintenant, regardons la réponse du centenier. Il dit qu’il a des supérieurs qu’il écoute, et qu’il a des serviteurs qui l’écoutent et à qui il parle et que lorsqu’il dit à son serviteur de faire quelque chose, il le fait. Lui, il fait ce que ses supérieurs lui demandent de faire, et lui il dit à ses serviteurs ce qu’ils doivent faire et ils le font. En réalité, ce centenier est toujours dans l’action. Et il expose les 3 axes de la foi, et c’est pour cela que Jésus lui répond qu’il n’a pas trouvé une aussi grande foi en Israël.
Rappelons les trois axes de la foi, thème que je développe dans les articles « La foi en vérité » et « Les trois piliers de la foi ». La foi repose sur trois piliers qui sont l’écoute, le dialogue (la parole), et l’action. Le dialogue suppose un échange entre deux personnes.
Que dit le centenier ? Qu’il écoute ses supérieurs, puis qu’il parle avec ses serviteurs et qu’il agit, lorsque ses supérieurs lui parlent. Le centenier est un homme qui écoute, qui parle et qui agit, un homme qui est dans l’attention à l’autre, un homme de dialogue. Et implicitement, il dit à Jésus qu’il est pareil, que lui aussi écoute un supérieur (le Père), qu’Il dialogue avec ses disciples, qu’Il est attentionné à leurs besoins et qu’Il agit.
Le centenier ne vient pas voir le « super guérisseur », la super star qui réalise de grands miracles. Il vient voir le Fils de Dieu qui écoute le Père, qui parle à ses disciples, qui les écoute et qui leur répond, et il lui dit que comme lui aussi lui parle, Jésus l’écoute et lui répond. Clairement, le centenier dit que Dieu l’écoute et parce qu’Il l’écoute, Il lui répond. On est vraiment dans la dynamique du dialogue qui s’instaure dans la prière.
Ce centenier fait donc preuve d’une grande foi, une foi complète qui repose sur les trois piliers. Pourquoi dit-il qu’il n’est pas digne que Jésus entre sous son toit ?

La particule οὐκ – ouk est une négation absolue, suivie du verbe εἰμί – eimi conjugué à la première personne de l’indicatif présent. Ce verbe est l’auxiliaire être en français et peut aussi prendre le sens d’exister, arriver, se trouver, être présent.
Ensuite, nous avons l’adjectif ἱκανός – hikanos qui signifie littéralement suffisant par l’intelligence, par le savoir, par la puissance, convenable, le mérite.
Littéralement, le centenier dit qu’il n’est pas convenable pour recevoir Jésus sous son toit, qu’il n’est pas suffisamment méritant pour recevoir Jésus sous son toit, et c’est pour cela que cet adjectif a été traduit par le mot digne en français. Ce centenier est très humble dans son propos, très lucide aussi, il ne se sent pas digne de recevoir Dieu dans sa maison, car il se sait pécheur. Mais il a foi en Dieu.

La particule δὲ – de est une conjonction que l’on peut traduire par mais, de plus, et.
Le verbe ἀκούω – akouo signifie être doté de la faculté d’entendre, entendre, considérer ce qui est dit, percevoir le sens de ce qui est dit, comprendre.
Ce verbe, dans notre texte, est conjugué à l’aoriste actif et au mode participatif, ce qui signifie que Jésus a entendu et considéré ce que le centenier lui a dit, et qu’il va y répondre. Jésus a considéré les paroles du centenier, et c’est pour cela qu’il a compris la véritable pensée du centenier, qu’il a vu son cœur, et donc, vu la foi qui l’anime.

Le verbe θαυμάζω – thaumazo signifie étonner et être dans l’admiration. Jésus est étonné et est dans l’admiration. Pourquoi ? Parce qu’il n’avait jamais rencontré une telle foi en Israël.
Et finalement, c’est à ce centenier qu’il faudrait ressembler, ce centenier qui s’est appuyé sur les trois axes de la foi et qui est resté humble, malgré sa position sociale, qui a su voir en Jésus-Christ le Seigneur de sa vie. Souvent, la foi n’est pas là où l’on s’attend qu’elle soit et encore moins là où le monde veut qu’on pense qu’elle est.
Que Dieu vous bénisse.

