Le trésor dans le ciel

L’Évangile de Matthieu

Le trésor dans le ciel – Matthieu 6:19-21

Le chapitre 6 est le chapitre de la prière modèle, du Notre Père. Dans ce chapitre, Jésus-Christ va revenir sur des notions essentielles qui permettent de comprendre la véritable prière, celle qui se fait dans l’intimité de sa chambre, celle qui ne répète pas les mots, celle qui ne fait pas de bruit, celle où l’on entre en dialogue véritable avec le Père. On connaît tous le Notre Père. Beaucoup le récitent par automatisme sans comprendre sa portée spirituelle. Il est temps non plus de réciter le Notre Père, mais de déclamer cette prière avec le cœur dans l’attitude et l’état d’esprit qui plaît à Dieu. 

Cette étude des versets 19 à 21 du chapitre 6 de l’Évangile de Matthieu va mettre en évidence la véritable signification du trésor, d’une part du trésor que les hommes amassent sur Terre et d’autre part du véritable trésor qui est dans le ciel.

Rappelons que Matthieu adresse son évangile à des croyants qui connaissent les coutumes juives, et que son but est de montrer que Jésus est le Christ, le Messie annoncé par les prophéties. Il est certainement l’évangéliste qui fait le mieux comprendre que le Nouveau Testament est éclairé par l’Ancien Testament, lequel ne se comprend qu’à la lumière du Nouveau Testament.

 

¹⁹Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où la teigne et la rouille détruisent, et où les voleurs percent et dérobent; ²⁰mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où la teigne et la rouille ne détruisent point, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent.

²¹ Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur.

Matthieu 6:19-21, Traduction Louis Segond

Dans ces versets, le mot le plus important est le mot « trésor », et l’on y voit une distinction entre le trésor que l’on amasse sur terre et celui que l’on amasse au ciel. Le premier est périssable et attire la convoitise des voleurs. Le second est indestructible et nul voleur ne peut le dérober. On comprend alors que le premier trésor est d’ordre matériel. Mais on verra qu’il n’est pas que d’ordre matériel, mais aussi de l’ordre du savoir, de la connaissance. Alors que le second trésor est d’ordre spirituel, et celui-là est un trésor personnel, un trésor que l’on se construit pour l’avenir spirituel, c’est-à-dire la vie éternelle de l’esprit. Regardons tout cela en détail.

 

 

On retrouve la racine de ce mot grec θησαυρός – thésauros dans le verbe thésauriser qui signifie amasser de l’argent, des richesses, sans les réinvestir, amasser des richesses dans le but de se constituer un trésor.

De plus, le mot θησαυρός – thésauros désignait les mines de Laurion qui étaient des mines de cuivre, de plomb et d’argent qui ont fait la richesse de la Grèce Antique. Elles étaient situées à environ une cinquantaine de kilomètres au sud d’Athènes, on y a envoyé de très nombreux esclaves pour les exploiter, et cette activité contribua à la fortune d’Athènes et au développement économique de la toute la Grèce qui s’imposa comme un pays puissant. En exploitant les mines d’argent de Laurion, les Grecs ont pu développer leur propre monnaie athénienne qui devint une référence dans tout le monde grec.

Ces mines furent exploitées dès le début de l’époque mycénienne, au XVIe siècle av. J.-C., d’après les fouilles archéologiques réalisées en 1820 à Thorikos, ancienne cité grecque située en Attique, à proximité immédiate de la baie de Laurion. Dans cette région, dont le nom est constitué de la racine du mot θησαυρός – thésauros, furent découvertes d’anciennes mines de plomb argentifère et leur exploitation a transformé la région en un véritable centre industriel, avec la construction de nombreux ateliers de traitement du minerai. Ces mines étaient constituées de galeries sinueuses et profondes. Les mineurs, pour la plupart des esclaves, devaient travailler dans des conditions très difficiles, courbés (car la hauteur des galeries n’excédait pas 30 à 40 cm, on peut ainsi penser que des enfants y étaient envoyés), dans un air chaud et appauvri en oxygène, éclairés par une lampe à huile. La roche était très dure, et les esclaves respiraient et ingéraient de la poussière riche en plomb, source de saturnisme.

Ainsi, à l’époque de Jésus-Christ, lorsque l’on faisait référence à ce θησαυρός – thésauros, on avait en tête l’image de ces mines de Thorikos, ces mines profondes et sombres où étaient morts de nombreux esclaves. Certes, ces mines ont permis le développement de la Grèce par son enrichissement, mais à quel prix ! Les Grecs se sont enrichis, ont thésaurisé sur le dos des esclaves qui furent exploités jusqu’à la mort. C’est ce trésor-là qu’il ne faut pas s’amasser sur Terre, celui qui s’amasse sur l’exploitation de pauvres gens, celui qui s’amasse sur la santé de pauvres gens, celui qui s’amasse sur la mort de pauvres gens.

Ce mot θησαυρός – thésauros, nous l’avons vu, désigne les biens et les choses précieuses que l’on conserve pour se constituer un pactole. Donc, les biens matériels que l’on amasse pour soi, pour son propre compte. Et dans cette idée, ce θησαυρός – thésauros est directement lié à l’idolâtrie de Babylone, c’est-à-dire à la course à l’enrichissement personnel où la vie sociale est réduite à une vie commerciale d’intérêt. Cette idolâtrie est liée au levain des pharisiens, qui est l’hypocrisie et le paraître, et à l’amour des biens terrestres, à l’amitié du monde. Et l’on a directement le lien avec le verset 24 de ce chapitre 6 de l’Évangile de Matthieu, avec cette Parole de notre Seigneur Jésus-Christ : « Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l’un, et aimera l’autre ; ou il s’attachera à l’un, et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon. »

Mamon symbolise les biens matériels, l’enrichissement personnel, mais aussi le savoir, la connaissance qui vient du monde. On ne peut donc aimer ce qui vient du monde et aimer Dieu en même temps. Il faut faire un choix, celui de s’amasser des trésors sur terre ou celui de s’amasser des trésors au ciel.

Ce mot θησαυρός – thésauros désigne aussi la source de la connaissance et est directement lié au pommier de Sodome, un petit arbuste qui produit un fruit toxique, aussi appelé « l’arbre de Satan » qui par l’ingestion de son fruit toxique et contenant des substances cardiaques stéroïdiennes mortelles à une certaine dose. Ce pommier de Sodome s’apparente à l’Iboga, plante qui contient de l’ibogaïne et qui est utilisée en médecine traditionnelle africaine pour produire, par la mastication de la racine ou de l’écorce, des hallucinations et des expériences de mort imminente. Et donc, traditionnellement, les propriétés de ce pommier de Sodome étaient utilisées par certains initiés pour revivre l’expérience du Jardin d’Eden et recevoir ainsi la connaissance par l’ouverture aux esprits.

Ainsi, ce trésor dans le sens θησαυρός – thésauros désigne autant les biens matériels que l’on amasse individuellement, pour soi, en exploitant les autres et par avarice, en ne partageant aucune ressource, en recherchant continuellement à faire profit, et il désigne aussi la connaissance humaine, celle qui s’acquière en sous-terrain, pour soi, celle qui pousse à réaliser des expériences extrêmes, celle qui pousse à entrer en extase pour recevoir des enseignements des esprits, celle donc, ésotérique, qui pousse l’homme à vouloir devenir son propre dieu. Et, il est vrai que dans le milieu New Age par exemple, il y a des personnes qui pensent détenir un certain savoir qui les place au-dessus de la masse, et de ce savoir, ils pensent en tirer profit pour leur propre compte. Il y a aussi toutes ces personnes qui se disent des « élites », des « maîtres », qui pensent détenir un certain savoir qui leur confère du pouvoir sur les autres. Clairement, cette connaissance ésotérique et humaine est de l’orgueil. Donc, attention à ce savoir, ce trésor qui est constitué par de la connaissance humaine élaborée à partir de réflexions humaines dans le but de se placer au-dessus des masses, d’acquérir un pouvoir sur les autres et aussi dans le but de s’enrichir sur le dos des autres.

Ainsi, Jésus-Christ met en garde contre ce trésor dans le sens θησαυρός – thésauros qui représente l’enrichissement personnel, la recherche du profit, l’amour des choses du monde, la connaissance ésotérique… Celui qui recherche ce trésor, celui qui s’amasse ce trésor, ne peut s’amasser de trésor dans le ciel.

Quel est ce trésor dans le ciel ? Il s’agit de la connaissance de Dieu. Et cette connaissance passe d’abord par la recherche de Dieu avec son cœur. Alors Dieu se fait connaître à nous et nous enseigne sa Parole, et alors, Il nous façonne, et c’est toute notre façon de penser qui change et qui se modifie. Dieu ne nous demande pas de garder cette connaissance secrète. Au contraire, Il nous demande de la partager. De la même manière, si l’on acquiert un certain savoir-faire, par exemple le travail du bois, Dieu nous demande de partager ce savoir, de transmettre ce savoir. Et de la même manière, Dieu nous demande de partager nos ressources, de ne pas garder nos ressources, donc de ne pas se constituer un trésor fait de biens matériels sur terre, mais de partager ce que l’on a avec celui qui n’a pas. Ce trésor dans le ciel est constitué par le partage aux autres de ce que l’on a sur terre, par le partage de notre connaissance de Dieu, lorsque Dieu nous instruit, et par le partage de notre savoir-faire et de nos ressources. C’est quelque chose d’immatériel, quelque chose qui n’appartient pas au monde et qui est de l’ordre du partage et de la générosité et l’altruisme. On doit se placer dans la pensée que l’on peut toujours apprendre aux autres ce que l’on connaît, et que l’on peut aussi apprendre des autres. On se place alors sur une vision équitable du partage.

Pour le monde, il faut amasser des biens, il faut s’enrichir, il faut être individualiste. Avec Dieu, il faut être dans le partage, et tout ce que l’on partage constitue notre trésor dans le ciel, et Dieu tiendra compte de ce trésor-là, celui que l’on se sera constitué au ciel durant notre séjour sur Terre, car ce trésor montrera la véritable orientation de notre cœur.

Donc, attention à notre source de connaissance. La première source de connaissance doit être celle de Dieu, de la Parole de Dieu. Et c’est en gardant cette Parole dans son cœur que l’on va acquérir un certain savoir-faire sur terre pour réaliser un métier, et que l’on va se placer dans l’amour et dans le partage. Attention aussi à tous ces biens matériels qui nous rendent esclaves du monde, cet amour que l’on voue au paraître et aux biens matériels qui nous poussent à l’individualisme, à l’avarice, à l’envie des biens de l’autre, à la course à l’enrichissement qui passe nécessairement par l’écrasement de celui que l’on voit comme un frein à notre enrichissement personnel et à l’exploitation du plus faible et du plus pauvre.

Tous ces trésors terrestres, qui sont matériels ou issus d’une connaissance qui vient du monde, tous ces trésors auxquels se raccrochent ceux du monde, peuvent être dérobés ou peuvent se perdre. Prenons l’exemple d’une connaissance ésotérique qui va se transmettre d’initié en initié. À un moment donné, à cause de l’orgueil, il y a initié qui va vouloir prendre toute la gloire de cette connaissance pour lui, et donc, il arrivera un moment où il y aura des divisions au sein du groupe. Et cela va provoquer la chute du groupe. Restons sur l’exemple de la connaissance ésotérique. Il se peut aussi que quelqu’un utilise cette même connaissance, pour la déformer, la mettre à sa sauce, et donc évincer le premier groupe, afin de prendre à lui toute la gloire. Dans le monde, tout est histoire de rivalités, de gloire, de recherche de gloire personnelle, de compétition, et donc, tout le monde veut être au-dessus de l’autre, et c’est une guerre d’ego sans fin qui se joue ici. Concernant les biens matériels, parce qu’ils sont visibles et attirent la convoitise des autres, ils peuvent être, par jalousie, volés ou dégradés. Même un homme très riche n’est pas à l’abri de la banqueroute s’il gêne quelqu’un de plus ambitieux que lui. C’est toujours la course au plus encore, une course qui ne termine jamais et qui fait courir à sa perte.

Jésus-Christ, dans la suite de son discours, dira qu’il faut se contenter de ce que l’on a, et de ce que l’on a, donner à celui qui n’a rien. C’est le partage équitable des ressources. Celui qui fait cela se constitue un trésor dans le ciel que nul ne peut voler ou détruire, puisque personne sur terre, aucun humain, n’a le pouvoir de changer le passé, donc de détruire l’acte généreux de celui qui partage ses ressources. C’est fait, c’est fait.

Lisons Colossiens 2:1-3 : « Je veux, en effet, que vous sachiez combien est grand le combat que je soutiens pour vous, et pour ceux qui sont à Laodicée, et pour tous ceux qui n’ont pas vu mon visage en la chair, afin qu’ils aient le cœur rempli de consolation, qu’ils soient unis dans la charité, et enrichis d’une pleine intelligence pour connaître le mystère de Dieu, savoir Christ, mystère dans lequel sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science. »

C’est en Dieu que se trouvent tous les trésors de la sagesse et de la science, ces trésors que l’on doit amasser dans le ciel, ces trésors qui sont en réalité la connaissance de la Parole de Dieu, ces trésors que nul ne peut nous ravir et que nul ne peut détruire.

Lisons Colossiens 2:8 : « Prenez garde que personne ne fasse de vous sa proie par la philosophie et par une vaine tromperie, s’appuyant sur la tradition des hommes, sur les rudiments du monde, et non sur Christ. »

Lisons Colossiens 2:18-19 : « Qu’aucun homme, sous une apparence d’humilité et par un culte des anges, ne vous ravisse à son gré le prix de la course, tandis qu’il s’abandonne à ses visions et qu’il est enflé d’un vain orgueil par ses pensées charnelles, sans s’attacher au chef, dont tout le corps, assisté et solidement assemblé par des jointures et des liens, tire l’accroissement que Dieu donne. »

On comprend alors que les trésors que l’on amasse sur terre sont tous les faux raisonnements humains, dont la philosophie en fait partie, les doctrines qui s’appuient sur la tradition des hommes, ainsi que tous les raisonnements orgueilleux qui naissent de l’ego, les cultes superstitieux qui s’appuient sur des savoirs ésotériques qui ne sont que des réflexions humaines.  

 

Ainsi, selon ce que l’on recherche, alors là, sera notre cœur. Quel trésor recherche-t-on ? Celui de l’on amasse sur terre ou celui que l’on amasse dans le ciel ? Quel est notre but dans la vie ? Vivre selon les doctrines humaines, suivre les doctrines humaines, ou vivre selon la Parole de Dieu, avec Dieu ? Quelle est l’inclinaison de notre cœur ? Suivre les préceptes du monde ou suivre Dieu ? Que recherchons-nous ? À être conforme au monde ou à être avec Dieu, et de fait, nager à contre-courant du monde ?

Dans la suite de son discours, Jésus-Christ va expliquer que celui qui vit en suivant le monde ne peut être avec Dieu, car nul ne peut suivre deux maîtres. Quel maître choisit-on ?

Que Dieu vous garde et vous bénisse.

 

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