Psaume 6 – Partie I – Le cri de détresse
Étude des versets 2 à 4
Nous avions vu, en introduction, que le psaume est un chant de délivrance, le chant de délivrance de celui qui se sait coupable devant Dieu et qui se repend dans la douleur. Les premiers versets du psaume 6 décrivent l’expression de cette souffrance. David réalise son état de pécheur, mais il ne sait pas comment réparer sa faute, et il a peur.
Relisons les versets 2 à 4 du psaume 6
²Éternel ! ne me punis pas dans ta colère, et ne me châtie pas dans ta fureur.
³Aie pitié de moi, Éternel ! Car je suis sans force ; guéris-moi, Éternel ! Car mes os sont tremblants.
⁴Mon âme est toute troublée ; et toi, Éternel ! Jusques à quand ?
Psaume 6:2-4, Traduction Louis Segond
En introduction, nous avions montré que l’intonation de la voix de David est très basse. David se lamente, et plus il se lamente, plus sa voix descend d’une note, comment s’il sombrait dans les ténèbres ou qu’il tombait dans une fosse. David est dans une position très basse, il est l’image de celui qui se sait coupable, et qui a peur.
Quand on lit ces quelques versets, on a l’impression que David s’adresse à un dieu colérique, et qu’il supplie ce Dieu de ne pas lui faire du mal. Les traductions françaises qui découlent le plus souvent de la Vulgate, la traduction latine du texte hébreu, ou de la Septante, dépeignent un dieu capricieux et puissant, à l’image des divinités grecques, capables de punir les humains pour leurs péchés, des divinités jalouses, colériques, irritables, exigeantes. Et à la lecture littérale de ces premiers versets, on a l’impression que David supplie un dieu irritable, colérique, exigeant de ne pas le punir, de ne pas le châtier, et au contraire, de le guérir. Qu’en est-il en réalité ? Penchons-nous sur ces versets afin d’en ressortir leur véritable sens.
Verset 2
Éternel ! ne me punis pas dans ta colère, et ne me châtie pas dans ta fureur.
Dans un premier temps, on va remettre les mots dans l’ordre tels qu’ils apparaissent dans le texte original.

Déjà cela devrait nous mettre la puce à l’oreille : est-ce que l’Amour punit ? Est-ce que l’Amour châtie dans la fureur ?

Ce mot אַף – ‘aph est un élément qui met en évidence la réaction de quelqu’un qui est face à une personne, face à un duel avec une personne. Ce qui est ressenti comme de la colère, c’est justement de se tenir face à Dieu dans une position d’opposition, de vouloir tenir sa position alors que l’on sait que l’on a tort, ou que l’on a fait du mal à cette personne. Littéralement, cette colère que l’on ressent, c’est celle d’être mis face à la vérité, face à sa faute, sans aucune échappatoire.
C’est un peu comme si l’on commet une faute. On veut cacher cette faute aux yeux de ceux qui nous entourent. Mais, un jour ou l’autre, on sera mis devant elle, et l’on ne pourra plus se cacher. Ce sentiment que l’on est découvert, c’est cela qui est ressenti comme de la colère. On a envie de tout nier, mais on ne peut pas. Ce qui suit cette colère, en général, c’est le désespoir, car l’on ne sait pas alors comment réparer notre faute, et surtout la souffrance, car on sait qu’il faudra demander le pardon, et parfois cela est vu pour certains comme une véritable humiliation.

Littéralement, David est devant Dieu, et il demande à Dieu de ne pas lui montrer la vérité, car il ne peut la supporter. Il demande à Dieu de ne pas mettre devant ses yeux sa culpabilité, de ne pas lui prouver sa culpabilité, car cela lui est insupportable, car cette culpabilité, cette faute commise le plonge dans la colère.
De plus, le verbe est conjugué à l’imparfait, ce qui montre qu’il y a une répétition. C’est quelque chose qui se répète. David ne veut pas voir sa culpabilité, et Dieu la lui montre. C’est une lutte qui s’est répétée plusieurs fois dans la vie de David.

Littéralement, David demande à Dieu de ne pas l’instruire par son indignation, en lui montrant son déplaisir. Or, quand quelqu’un est indigné, il limite la relation. Et David s’adresse à l’Éternel, le Dieu de la relation. Donc, littéralement, David dit : « ne m’instruis pas dans la limitation de notre relation. »
Concrètement, qu’est-ce que cela signifie ? Que veut dire David ? Quel est son état d’esprit ? On sait que David aime Dieu, David a foi en Dieu. Mais là, David a peur, car il est confronté à lui-même, il est confronté à sa propre faute et il a peur de perdre la relation qu’il a avec Dieu. Il a peur de réaliser qu’il s’est opposé à Dieu, et que cette opposition l’éloigne de Dieu. Surtout, David a peur que Dieu l’instruit sur sa faute, et que cette instruction lui montre des choses qu’il a faites et qu’il ne peut réparer, qu’il ne peut changer et qui amènerait à ce que la relation soit détériorée ou rompue.
Quand on fait le mal, quand on fait quelque chose qui déplaît à Dieu, tant que l’on n’a pas conscience que c’est mal aux yeux de Dieu, on ne se sent pas coupable. Mais si Dieu nous montre que ce que l’on a fait est mal, si Dieu nous instruit, alors on ne peut plus se cacher derrière notre ignorance, il n’y a plus l’excuse de l’ignorance. Et devant le fait accompli, on doit réagir, on doit réparer. Et c’est là que l’on ressent tout un tas de choses, de la colère, de la peur, de l’incertitude, car on ne sait pas ce qu’on doit faire pour réparer la faute commise.
Et là, par ces paroles, David met en évidence quelque chose qui fait défaut dans notre monde, la réalité de son état de pécheur. L’homme a tendance toujours à chercher un coupable à sa faute, ce n’est pas moi, c’est lui qui m’a poussé à le faire, ce n’est pas moi, c’est Satan, c’est le démon… Or non, on est responsable de ses fautes, de ses paroles, de ses actes, car tout découle d’un choix, de notre choix. Et Dieu nous met face à notre responsabilité. David a fait le choix de pécher, il est mis face à ses responsabilités. Si l’on prend l’exemple de l’histoire avec Bethschéba, la femme de son serviteur Urie le Hittite, un homme droit et fidèle. David voit Bethschéba et est troublé par sa beauté. Il couche avec elle et elle tombe enceinte. Et pour cacher cet acte de trahison envers son ami Urie le Hittite, il va même jusqu’à le tuer. David aurait pu dire que ce n’était pas sa faute, que la femme était trop belle, que c’est la faute d’Urie que David a fait revenir du champ de bataille pour qu’il dorme avec sa femme, afin qu’on puisse dire qu’il est le père de l’enfant à venir, mais que ce dernier, pour préserver ses forces, n’a pas voulu dormir avec sa femme. Mais Dieu a mis David face à ses responsabilités. Comment réparer cette faute ? Il a trompé, trahi, tué. Comment réparer ? David plonge alors dans la détresse, car il ne sait pas quoi faire. Et il a peur de perdre Dieu. Sa faute est immense, et il ne sait comment réparer. D’autant plus que l’on sait que cette histoire a entraîné des conséquences tragiques pour David et sa famille, et a marqué le début de conflits au sein de la famille royale d’Israël. Tout acte a ses conséquences, et David est mis face à sa culpabilité.
Le verbe, dans le texte, est conjugué à l’imparfait, donc cette situation se répète chaque fois que David est mis face à la vérité, chaque fois que Dieu instruit David sur ses fautes. Et si Dieu nous instruit, c’est justement pour que l’on puisse se rectifier, car Il nous aime.
Maintenant que l’on sait cela, le psaume prend une autre couleur. On n’est plus devant un Dieu qui se met en colère, qui punit et qui châtie et un pauvre homme qui demande la miséricorde. On est devant un homme que Dieu instruit, et qui se rend compte de sa culpabilité et qui a peur d’être mis face à la vérité, face à lui-même. David ne se plaint pas de ses ennemis. Il se plaint de lui-même, il est meurtri, accablé, car il se sait pécheur.

C’est donc à ce moment-là, quand David est mis face à lui-même, face à sa propre responsabilité, qu’il demande la miséricorde de Dieu pour soutenir sa souffrance.

Que dit littéralement David ? Il dit : « Aie pitié de moi Éternel ! Car mon esprit est accablé de douleur, je suis sans force. Délivre-moi de ma détresse, Eternel ! Car tout mon être est terrifié. »

Donc, en fait, David souffre dans son corps. Cette souffrance de l’esprit meurtrit tout son corps.

On voit bien ici que les souffrances spirituelles ressurgissent sur le corps. C’est le mal a dit, le mal de l’esprit qui parle au corps, qui s’exprime dans le corps.
Concernant le ton de la voix de David, on voit, par les cantillations (on n’en fera pas une étude détaillée) que le ton de la voix de David monte un peu pour redescendre encore plus bas. On est vraiment face à quelqu’un qui se lamente de désespoir, quelqu’un qui n’a plus de force.
Et on verra, lors de l’étude des versets 5 et 6, que face à une telle souffrance, on peut être saisi par la crainte de la mort.
Que Dieu vous garde et vous bénisse.
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