L’Évangile de Matthieu
Les chiens et les choses saintes – Matthieu 7:6a
Le chapitre 7 de l’Évangile de Matthieu se trouve dans la continuité directe du chapitre 6, c’est la suite du discours de Jésus-Christ, la continuité de son enseignement, où Jésus-Christ explicite différentes notions spirituelles importantes, comme le discernement, le jugement, les choses saintes, la prière, la porte étroite qui mène au Père, les faux prophètes, la mise en pratique de la Parole de Dieu.
Dans notre étude, nous allons nous intéresser à la seconde partie du verset 6 du chapitre 7 de l’Evangile de Matthieu, et plus précisément à la symbolique de la perle et des pourceaux. Que représentent les pourceaux ? Et les perles qu’il ne faut pas jeter devant eux ?
Rappelons que Matthieu adresse son évangile à des croyants qui connaissent les coutumes juives, et que son but est de montrer que Jésus est le Christ, le Messie annoncé par les prophéties. Il est certainement l’évangéliste qui fait le mieux comprendre que le Nouveau Testament est éclairé par l’Ancien Testament, lequel ne se comprend qu’à la lumière du Nouveau Testament.
Lisons le verset 6 du chapitre 7 de l’Évangile de Matthieu
⁶Ne donnez pas les choses saintes aux chiens, et ne jetez pas vos perles devant les pourceaux, de peur qu’ils ne les foulent aux pieds, ne se retournent et ne vous déchirent.
Matthieu 7:6, Traduction Louis Segond
Nous avions vu, en première partie, la symbolique des chiens et des choses saintes. Les chiens représentent ceux qui sont censés garder la Parole de Dieu, mais qui sont devenus sauvages, donc rebelles, à Dieu. Les chiens symbolisent, dans l’Ancien Testament, les juifs qui avaient reçu la révélation divine et qui devaient la garder, qui connaissaient les prophéties sur la venue du Messie, et qui, lorsqu’Il est arrivé, l’ont rejeté. Les choses saintes représentent notre vie personnelle, notre vie de prières avec Dieu, notre vie spirituelle et relationnelle avec Dieu. Il s’agit du repos en Dieu qui ne s’acquiert qu’en Jésus-Christ uniquement pour celui qui se met en route sur le chemin de la sanctification, un chemin qui est contraire à celui du monde. C’est cela qu’il ne faut pas donner à ceux qui se sont détournés de Dieu, au risque qu’ils nous fassent dévier de chemin.
Nous avions aussi soulevé le fait que souvent ce verset est cité par ceux qui aiment dire que Jésus insultait les gens de chiens ou de porcs, que Jésus aussi a exprimé du dédain pour les gens. En effet, beaucoup pensent que les termes « chiens » et « pourceaux » sont des insultes. Et l’on a vu que pour le chien ce n’est absolument pas le cas, et que pour les porcs, nous allons voir que comme pour le chien, il n’y a aucune insulte.
Dans notre étude, toujours en nous appuyant sur l’Ancien Testament, nous allons essayer de comprendre ce que représentent les pourceaux et les perles. On remarquera que les choses saintes sont données alors que les perles sont jetées. Il y a donc une différence entre les perles et les choses saintes.

Ce qui est intéressant à souligner, c’est que la perle n’a aucun rapport avec la culture juive. Remarquons aussi son nom en grec, le μαργαρίτης – margarites, qui amène directement à une huître perlière appelée la Margaritifera qui est non pas une huître, mais plutôt une moule perlière d’eau douce, espèce autrefois abondante dans les cours d’eau européens et exploitée depuis la Préhistoire en Europe, car l’exploitation était facile et particulièrement lucrative. Cette surexploitation a provoqué la disparition de l’espèce dans la plupart des lieux faciles d’accès en Europe dès l’Ancien Régime, et la pollution a aussi provoqué sa presque disparition. Aujourd’hui, on peut en trouver en faible quantité dans certaines rivières de France. C’est une espèce protégée et sa récolte est interdite. Donc, cette perle dont il est question ici est une perle d’eau douce, ou d’eau vive. Et dans la Bible, l’eau vive représente la vie spirituelle, la vie de l’esprit, la grâce du salut offert par Jésus-Christ.
De plus, la perle est produite par un organisme vivant, qui est l’huître ou la moule d’eau, et sa production par cet organisme vivant provient d’une blessure. La perle est donc produite en réponse à une blessure de la moule ou de l’huître. Lorsque l’huître est blessée, elle va recouvrir sa blessure par des couches qui vont former la perle.
Ainsi, symboliquement, la perle représente notre vie intime qui est faite de blessures, d’expériences douloureuses, et qui vont petit à petit, avec Dieu, devenir des forces. Toutes ces blessures dans nos vies, ces expériences, Dieu va les façonner pour qu’elles deviennent des joyaux entre ses mains. On va en puiser une grande richesse, et cela est vrai même pour les expériences les plus douloureuses.
Donc, les perles représentent toutes nos expériences, toutes nos blessures, toutes nos souffrances, qui deviennent, entre les mains de Dieu, des joyaux.
Prenons l’exemple d’un ami que l’on aime, mais qui a une mauvaise influence sur nous. Et cette personne nous trahit. Cette trahison va provoquer en nous une grande douleur, une grande souffrance morale. Parfois, Dieu permet que l’on vive cette grande souffrance, afin de nous éloigner d’une personne qui est toxique pour nous. Sur le coup, on ne comprend pas, on pleure, on est triste. Mais Dieu a agi dans notre vie en éloignant cette personne qui est mauvaise, et peut être même que cet éloignement va pousser cette personne à réfléchir à son acte. Et cette douleur de la trahison ainsi que de cet éloignement va devenir un joyau, c’est-à-dire que cela va permettre de nous libérer de l’influence néfaste de notre ami, et donc, ça va permettre de nous extirper du mal.

Le cochon était interdit en Israël, donc le cochon représente les non juifs, les païens.

Il s’agit de l’histoire des deux démoniaques de Gadara que l’on peut lire aussi en Matthieu 8:28-34 et en Luc 8:26-33. Les trois évangélistes rapportent le même évènement, que l’on étudiera lorsque nous arrivons au chapitre 8 de l’Évangile de Matthieu. Pour notre étude, remarquons que les démons, qui sont légion, c’est-à-dire une multitude, sont chassés par Jésus-Christ, et envoyés dans des pourceaux. On retrouve le même mot χοῖρος – choiros. Ce sont les démons qui demandent à Jésus-Christ de leur permettre d’aller dans ces pourceaux, afin de les posséder. Jésus-Christ accepte cette demande, l’homme est délivré de ses démons, ces derniers se précipitent dans les porcs et les porcs deviennent fous et se jettent dans la mer.
Pourquoi Jésus-Christ accepte-t-Il la demande des démons ? La première chose à remarquer c’est que les démons ne peuvent agir sans l’accord de Dieu : ils ne peuvent entrer dans les porcs sans l’autorisation de Dieu. Jésus-Christ accepte leur demande pour montrer, par la fin tragique de ces pourceaux, que tous ceux qui seront possédés par le démon périront. Et l’on verra, par l’étude de ce texte, que la possession démoniaque existe, en effet, mais surtout, qu’elle est volontaire, et arrive à la troisième tentation, par le consentement de la personne à recevoir le démon en lui, à se prosterner devant Satan, en échange de pouvoir, de richesse… Et tous ces gens qui se sont donnés à Satan périront comme les pourceaux.
Donc, les pourceaux représentent les idolâtres qui se prosternent devant les divinités et qui se donnent à Satan en échange de pouvoir ou de richesse.
Et c’est à ces gens-là qu’il ne faut pas donner nos perles, c’est-à-dire le fruit, le joyau, de nos blessures et de nos souffrances.
Souvent, lorsqu’on souffre, on va rechercher un moyen, une méthode, pour atténuer cette souffrance, et l’on va se tourner vers des personnes qui se disent guérisseurs, magnétiseurs, chamanistes, exorcistes… et même des psychanalystes, de faux médecins… On va essayer de chercher une méthode humaine pour essayer de guérir des maux qui sont d’abord spirituels, au lieu de remettre ces maux à Dieu.
Et c’est justement tout le sens de cette Parole de Jésus-Christ, il ne faut pas remettre nos souffrances entre les mains de ceux qui servent le monde, donc Satan. Il faut chercher en Dieu la guérison, la solution, et Dieu nous mènera vers le bon médecin, ou nous apportera la bonne solution et nous consolera. Alors notre blessure deviendra un joyau entre les mains de Dieu.
Lisons 2 Pierre 2:22 : « Il leur est arrivé ce que dit un proverbe vrai : le chien est retourné à ce qu’il avait vomi, et la truie lavée s’est vautrée dans le bourbier. »
Et la truie, ou le pourceau, qui a été lavée par l’œuvre de Christ s’est vautrée dans le bourbier. Le bourbier symbolise les mensonges du monde, toutes ces fausses croyances, fausses pensées, ces fausses doctrines, ainsi que la fausse science. Le pourceau a préféré se jeter dans le bourbier afin de se glorifier. Le monde a toujours préféré le mensonge à la vérité. Dans les mensonges du monde on trouve aussi tous ce qui est du domaine de l’occulte, les fausses révélations célestes, les faux raisonnements philosophiques, les religions, les cultes aux divinités, les sociétés occultes, la société du paraître…
Le pourceau a été lavé par l’œuvre de Christ, car nous lisons en Jean 16:33 cette Parole de Dieu : « J’ai vaincu le monde », est une promesse de paix et de réconfort face aux épreuves. Pour le contexte, Jésus-Christ annonce aux disciples sa crucifixion, et Il leur dit ne pas avoir peur, car Il a vaincu le monde. Ceux qui ont foi en Jésus-Christ entrent dans cette promesse : ils sont mis à part du monde, dans la paix de Dieu, et c’est ainsi que les épreuves deviennent des joyaux entre les mains de Dieu.
On ne doit donc pas jeter les perles devant les pourceaux. Dans le texte grec, le verbe jeter est la traduction du verbe βάλλω – ballo qui signifie jeter ou laisser tomber une chose sans se préoccuper de l’endroit de la chute, éparpiller, donner sans être certain du résultat, déverser.
Ainsi, il faut comprendre que Dieu nous demande de garder pour nous notre vie intime, de ne pas révéler à n’importe qui toutes nos souffrances et nos blessures émotionnelles, nos épreuves, de faire attention, finalement, à ne pas se confier trop facilement à des personnes qui peuvent se révéler mal intentionnées.

Dans la structure grammaticale du texte en grec ancien, de la manière dont le texte est construit, et l’on ne va pas en faire la démonstration ici, car cela serait très long et complexe, on comprend qu’on ne doit pas donner les choses saintes aux chiens de peur qu’ils se retournent et nous déchirent, et qu’on ne doit pas jeter nos perles devant les pourceaux de peur qu’ils les foulent aux pieds.
Les chiens, c’est-à-dire les religieux, déchirent les choses saintes, alors que les païens, les adorateurs de Satan, foulent aux pieds les perles.
Cela signifie que ceux qui étaient censés garder la Parole de Dieu détruisent les choses saintes, donc le repos de Dieu. Ces gens qui connaissent Dieu ont préféré servir leur orgueil, en ajoutant ou retranchant de la parole à la Parole de Dieu pour construire leurs doctrines, leurs lois, leurs croyances… et donc, ils se sont détournés de Dieu consciemment, ils ne sont plus dans le repos de Dieu. Il ne faut pas leur donner ce qui est saint, c’est-à-dire notre corps qui est le temple de Dieu, et donc notre vie spirituelle, il ne faut pas les suivre, de peur que notre vie spirituelle soit détruite.
Quant à nos blessures, nos souffrances, nos épreuves, il ne faut pas essayer de chercher un remède humain, ou une solution humaine, pour trouver du réconfort. Car ces gens qui utilisent des procédés humains, qui servent Satan et, parce qu’ils préfèrent les mensonges du monde, ils vont se servir de nos blessures, de nos épreuves, pour nous faire tomber.
Attention donc à ceux qui disent servir Dieu, mais qui servent une doctrine religieuse, et attention à ceux qui servent le système mensonger du monde. Il faut s’en éloigner. Et cela ne peut se faire qu’avec Dieu et en Dieu, dans la prière et la relation sincère avec Dieu.
Que Dieu vous garde et vous bénisse.

