L’Évangile de Matthieu
Bâtir sa maison sur le roc – Matthieu 7:24-27
Le chapitre 7 de l’Évangile de Matthieu se trouve dans la continuité directe du chapitre 6, c’est la suite du discours de Jésus-Christ, la continuité de son enseignement, où Jésus-Christ explicite différentes notions spirituelles importantes, comme le discernement, le jugement, les choses saintes, la prière, la porte étroite qui mène au Père, les faux prophètes, la mise en pratique de la Parole de Dieu.
À la première lecture des versets 24 à 27 de notre étude, on peut ressentir comme une grande dureté dans les paroles de Jésus-Christ. Or, ce que l’on prend pour de la dureté est tout simplement du bon sens, une vérité qui ne plaît pas à notre ego. Et l’on va voir que Jésus-Christ n’est pas dur, Il dit la vérité, puisqu’Il est la Vérité.
Rappelons que Matthieu adresse son évangile à des croyants qui connaissent les coutumes juives, et que son but est de montrer que Jésus est le Christ, le Messie annoncé par les prophéties. Il est certainement l’évangéliste qui fait le mieux comprendre que le Nouveau Testament est éclairé par l’Ancien Testament, lequel ne se comprend qu’à la lumière du Nouveau Testament.
Lisons les versets 24 à 27 du chapitre 7 de l’Évangile de Matthieu
²⁴C’est pourquoi, quiconque entend ces paroles que je dis et les met en pratique, sera semblable à un homme prudent qui a bâti sa maison sur le roc. ²⁵La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont jetés contre cette maison : elle n’est point tombée, parce qu’elle était fondée sur le roc.
²⁶Mais quiconque entend ces paroles que je dis, et ne les met pas en pratique, sera semblable à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable. ²⁷La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et ont battu cette maison : elle est tombée, et sa ruine a été grande.Matthieu 7:24-27, Traduction Louis Segond
Cette Parole de Jésus-Christ s’adresse à tous ceux qui entendent ses Paroles et qui les mettent en pratique. Seulement celui qui fait cela, c’est-à-dire qui écoute la Parole de Dieu et la met en pratique dans sa vie quotidienne, bâtit sa maison sur le roc. Il ne suffit pas d’entendre la Parole de Dieu, mais aussi de la mettre en pratique, et cette nuance est très importante. Jésus-Christ parle de toutes les paroles qu’Il a prononcées, autant lors de son ministère sur Terre, qu’à travers les prophètes de l’Ancien Testament ou encore les psaumes, donc de toutes les fois où Dieu a parlé aux hommes. Ce sont toutes ces Paroles de Dieu qu’il faut mettre en pratique dans sa vie pour bâtir sa maison sur le roc. Et l’on va voir, même si on l’a déjà compris, que le roc c’est Jésus-Christ, puisqu’Il est le Verbe, la Parole faite chair.
Remarquons que la maison qui est bâtie sur le roc peut subir des tempêtes, mais elle ne tombe pas, contrairement à la maison bâtie sur le sable qui s’écroule face aux tempêtes. On comprend que la tempête symbolise les épreuves de la vie. Celui qui bâtit sa maison sur Jésus-Christ, c’est-à-dire celui qui entend la Parole de Dieu et la met en pratique, peut subir des épreuves, qui vont peut-être lui causer des peines, des souffrances, mais jamais il ne tombera. Contrairement à celui qui entend la Parole, mais qui ne la met pas en pratique dans sa vie. Celui-là, les épreuves de la vie vont l’anéantir, vont le conduire à sa ruine, c’est-à-dire qu’il partira dans un processus de destruction par l’éloignement de Dieu.
N’oublions pas que le mal est l’absence de bien, comme les ténèbres sont l’absence de lumière, et donc, la destruction est l’absence de construction, et l’homme se construit avec Dieu, sinon il se détruit, tant physiquement, que moralement, que spirituellement. La tempête peut abîmer une maison, mais Dieu répare la maison de celui qui marche avec Lui.
Dans ces versets, Jésus-Christ dévoile ce qui arrive à celui qui met la Parole de Dieu en pratique, et celui qui ne met pas la Parole de Dieu en pratique. Il y a donc une différence entre celui qui marche avec Dieu, et celui qui marche contre Dieu.
Voyons tout cela en détail.

Dans ce début de verset, nous sommes toujours dans la continuité logique du discours de Jésus-Christ qui s’adresse à chacun de nous, individuellement.

Le verbe ἀκούω – akouo signifie entendre en prenant en compte ce qui a été dit, en considérant ce qui est entendu. On utilise ce verbe lorsqu’il y a une notion d’apprentissage, une notion de comprendre ce qui est dit afin de l’assimiler, comme un étudiant qui entend son professeur, c’est-à-dire qui comprend la leçon. On n’est donc pas dans une simple écoute, mais dans une écoute attentive de ce qui est dit afin de comprendre ce qui est dit pour appliquer ce qui est dit.
Celui qui entend, c’est celui qui écoute la Parole de Dieu dans le but de comprendre la Parole de Dieu pour l’appliquer dans sa vie.
Celui qui entend peut mettre en pratique la Parole de Dieu dans sa vie, contrairement à celui qui écoute, qui lui, ne peut mettre en pratique la Parole de Dieu dans sa vie, car il n’a pas réfléchi à ce qui est dit, il n’en a tiré aucune leçon, il n’a rien appris, il n’a rien compris.
Et donc, pour mettre en pratique la Parole de Dieu dans sa vie, il faut commencer par l’entendre, par être attentif à ce qui est dit, pour en tenir compte et bâtir sa vie sur la Parole de Dieu.
Cela rejoint l’enseignement du psaume 119. On va lire le début de ce psaume : « ¹Heureux ceux qui sont intègres dans leur voie, qui marchent selon la loi de l’Éternel ! ²Heureux ceux qui gardent ses préceptes, qui le cherchent de tout leur cœur, ³qui ne commettent point d’iniquité, et qui marchent dans ses voies ! ⁴Tu as prescrit tes ordonnances, pour qu’on les observe avec soin. ⁵Puissent mes actions être bien réglées, afin que je garde tes statuts ! ⁶Alors je ne rougirai point, à la vue de tous tes commandements. »
Garder les préceptes de Dieu, chercher Dieu dans son cœur, ne pas commettre d’iniquité (donc ne pas s’éloigner de Dieu), marcher dans les voies de Dieu, observer avec soin les ordonnances que Dieu a prescrites, garder les statuts de Dieu afin que nos actions soient bien réglées. Pour faire tout cela, il faut entendre la Parole de Dieu afin de la mettre en pratique.
Lisons Psaume 1:1-2 : « Heureux l’homme qui ne marche pas selon le conseil des méchants, qui ne s’arrête pas sur la voie des pécheurs, et qui ne s’assied pas en compagnie des moqueurs, mais qui trouve son plaisir dans la loi de l’Éternel, et qui la médite jour et nuit ! »
Il s’agit du premier conseil que Dieu donne à l’homme : ne pas considérer les conseils des méchants, se détourner des voies des pécheurs, ne pas s’asseoir en compagnie des moqueurs (ce sont toutes les personnes qui élaborent des doctrines, des théories, des philosophies… contraires à la Parole de Dieu). Au lieu de tout cela, il faut trouver son plaisir dans la Parole de Dieu et la méditer jour et nuit, c’est-à-dire réfléchir sur la Parole de Dieu, essayer de la comprendre, et se laisser enseigner par Dieu.
Et c’est pour cela qu’il est très important de lire sa Bible avec le cœur de celui qui veut être enseigné par Dieu.

Le mot ἀνήρ – aner désigne l’homme par opposition à des dieux, donc la véritable nature de l’homme, ainsi que l’homme adulte, par opposition à l’enfant, c’est-à-dire l’homme qui a grandi, celui qui a des responsabilités, celui qui est mâture, donc, par extension, celui qui a pris des décisions. Ce mot désigne aussi l’homme en tant qu’être humain, c’est-à-dire quelqu’un, homme ou femme, l’être humain, homme ou femme.

Lisons Romains 3:11-12 : « Nul n’est intelligent, nul ne cherche Dieu ; tous sont égarés, tous sont pervertis ; il n’en est aucun qui fasse le bien, pas même un seul ».
Celui qui est égaré et qui n’est pas intelligent, c’est celui qui ne cherche pas Dieu, qui s’est égaré et perverti. C’est celui qui n’est pas prudent, dans le sens qui n’a pas toute sa raison, tout son esprit, qui n’est pas dans son bon sens.
Lisons Proverbes 1:7 : « La crainte de l’Éternel est le commencement de la science ; les insensés méprisent la sagesse et l’instruction.
Les insensés sont ceux qui ne sont pas dans leur bon sens, ce sont ceux qui se sont égarés. Et ils méprisent la sagesse et l’instruction. Ils ne veulent pas être enseignés par Dieu.
Lisons Psaume 53:2 : « Dieu, du haut des cieux, regarde les fils de l’homme, pour voir s’il y a quelqu’un qui soit intelligent, qui cherche Dieu. »
L’intelligent c’est celui qui cherche Dieu, qui est dans son bon sens, qui a toute sa raison. Attention, et il faut le préciser, l’intelligent dans la Parole de Dieu, n’est pas celui qui est fort en mathématiques, ou bardé de diplômes, qui est le premier de sa classe. L’intelligent, dans la Parole de Dieu, est celui qui cherche Dieu, et alors, son raisonnement et sa façon de penser seront différents de celui du monde. Il ne verra pas les choses de la même façon, il ne pensera pas de la même façon que les gens du monde, car il pensera et raisonnera avec Dieu, façonné par la Parole de Dieu et guidé par l’Esprit de Dieu. Et celui qui pense de cette manière est vu comme au fou par le reste du monde, un insensé. Ainsi, si vous ne pensez pas comme le reste du monde, si l’on vous traite de fou, d’insensé, et que vous cherchez Dieu pour appliquer dans votre vie la Parole de Dieu, alors vous marchez avec Dieu. Vous êtes dans votre bon sens, sur le bon chemin, vous êtes passé par la porte étroite et vous êtes conduit par le bon berger, qui est Jésus-Christ.

Le mot πέτρα – petra désigne un rocher, un grand bloc rocheux comme une falaise, une très grosse pierre. Et bien sûr, métaphoriquement, on a compris que ce roc, ce grand rocher, c’est Jésus-Christ. Celui qui bâtit sa maison sur Jésus-Christ peut subir des épreuves, des tempêtes, mais jamais il ne sera à terre, jamais il ne sera renversé, jamais il ne s’écroulera. Jésus-Christ, donc la Parole, doit être la fondation sur laquelle on doit bâtir toute notre vie. Et bien sûr, il y aura des difficultés, des épreuves, des coups durs (la pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé), mais celui qui bâtit sa vie sur Jésus-Christ restera ferme face à toutes ces intempéries, à toutes ces épreuves. Il sera peut-être abîmé, fatigué, mais il restera debout.

En grec ancien, le participe donne une caractéristique adjectivale, c’est-à-dire que ce mode de conjugaison est employé lorsque l’on veut souligner quelque chose qui change selon les circonstances.
Ainsi, celui qui entend les paroles de Jésus-Christ et ne les met pas en pratique, c’est celui qui entend, dans le sens de tenir compte, d’être attentif, mais seulement quand cela l’arrange, quand il en a envie, quand il en a l’occasion. Alors qu’au verset 24, le verbe est conjugué à l’indicatif, ce qui montre une certitude absolue : celui qui entend, qui est attentif à la Parole de Dieu, et met en pratique la Parole, alors il bâtit sa maison sur le roc. Ici, celui qui entend occasionnellement, gardant que ce qui l’arrange et rejetant ce qui ne l’arrange pas, qui entend seulement certains jours, et d’autres non, celui-là ne met pas en pratique la Parole de Dieu dans sa vie, et donc, il sera insensé, c’est-à-dire qu’il ne sera pas dans son bon sens, et il bâtira sa maison sur du sable.

La course est une compétition où il faut arriver le premier pour gagner. Tout le monde court pour rafler la première place. En utilisant ce mot ἄμμος – ammos Jésus-Christ souligne le fait que celui qui bâtit sa maison dans un esprit de compétition, dans un esprit de toujours vouloir posséder plus, toujours être le premier, toujours s’élever dans la société… un jour ou l’autre, il s’écroulera.
Celui qui bâtit sa vie avec un esprit de compétition, peut être qu’il vivra plus confortablement, peut-être qu’il sera influent, peut-être qu’il sera plus en vue, peut-être qu’il sera envié… mais tout cela ne sera que du vent. Finalement, le véritable problème c’est le but que l’on se fixe. Si le but, c’est la compétition, à un moment donné, on sera ébranlé par plus fort que soi. Si le but, c’est de fixer Dieu et d’avancer, alors on avancera quoi qu’il arrive.
Qui écoute-t-on ? La Parole de Dieu ou son orgueil ? Que regarde-t-on ? Dieu ou le monde ? Dans quel sens veut-on marcher ? Vers Dieu, donc dans le bon sens, ou à l’inverse de Dieu, dans la marche du monde ?

Ce troisième serviteur représente ceux qui ont construit ou fabriqué leur avis sur Dieu et qui pensent connaître Dieu par rapport à ce qu’ils ont entendu, ou ce qu’on leur a enseigné, par rapport à l’enseignement d’un maître spirituel, sans jamais vraiment confronter ce qu’ils ont entendu à la Parole de Dieu, sans jamais vraiment chercher à s’établir dans une véritable relation avec Dieu. Ce sont les croyants, les religieux, qui suivent une doctrine, des rituels… mais non la Parole de Dieu. Ce sont ceux qui entendent la Parole de Dieu, mais ne la mettent pas en pratique, parce qu’ils ne cherchent pas à la comprendre.
C’est à chacun de faire son travail de rechercher Dieu en vérité, dans Sa Parole, afin de s’établir dans une véritable relation avec Dieu. Et dans ce monde, il est plus facile de suivre un « penseur », un « intellectuel », un « chef religieux », un guide spirituel… que Dieu. Il est plus facile de se forger un avis sur ce que l’on entend, sans jamais faire un travail de vérification de ce que l’on a entendu.
Que Dieu vous garde et vous bénisse.

