Dossier 5 – La guérison de la belle-mère de Pierre

Dossier 5 – La guérison de la belle-mère de Pierre

Étude concomitante de Matthieu 8:14-15, Marc 1:29-31 et Luc 4:38-39

Lorsque dans la Bible, trois évangélistes rapportent le même évènement, il est bon de lire les trois textes ensemble, car généralement, ils se complètent. Et c’est justement ce qu’il se passe pour l’évènement de la guérison de la belle-mère de Pierre qui nous est rapporté par Matthieu, Marc et Luc. On ne peut comprendre ou saisir tout l’enseignement de cette guérison miraculeuse, qui est narrée en deux ou trois versets, donc très rapidement, si l’on n’examine pas ensemble les trois textes et si l’on ne les compare pas.

Voilà la raison du petit détour que nous allons faire avant de reprendre nos études sur l’Évangile de Matthieu, où nous nous sommes arrêtés précisément avant cette guérison. On aurait pu en faire l’étude sans regarder les autres textes, ceux de Marc et Luc, mais on n’aurait pas saisi toute la portée du texte de Matthieu. C’est pourquoi on va d’abord travailler sur les trois textes, pour ensuite revenir à nos études concernant l’Évangile de Matthieu et donner la vision de Matthieu sur cet évènement.

Commençons par lire les trois textes qui nous intéressent. Pour des raisons qui me sont propres, j’ai choisi la Traduction de la Darby, qui est, selon moi, une traduction française plus fiable en sens que beaucoup d’autres traductions françaises, car elle se base sur les textes originaux, hébreux et grecs.

 

Lecture des trois textes

Voici donc l’évènement de la guérison de la belle-mère de Simon/Pierre rapportée par les trois évangélistes, Matthieu, Marc et Luc. C’est le même évènement, mais déjà, en première lecture, on peut y voir quelques différences entre les récits. On reviendra à la loupe sur ces différences au prochain point.

Pour le moment, en première lecture, on sait qu’il s’agit du même évènement, mais on peut se dire que finalement, les trois évangélistes n’ont pas vu ou compris la même chose. C’est un peu comme si trois amis se rendaient au cinéma pour voir le même film, et qu’à la sortie, tous les trois racontaient une même scène du film, mais d’une manière différente, comme s’ils n’avaient pas vu exactement les mêmes choses, ou plutôt, comme s’ils avaient vu les mêmes choses, mais sous des angles différents. Et c’est exactement ce qu’il se passe ici. C’est important de le rappeler, car souvent, certains se servent de ces différences pour dire qu’il y a des erreurs dans la Bible. Il n’y a aucune erreur, puisque les textes sont inspirés et l’Esprit Saint ne peut faire aucune erreur. Il nous rapporte le même évènement selon des angles différents, le tout sous la plume des évangélistes, des angles qui seront, pour cette étude, des angles de temps différents, afin que l’on puisse saisir tout l’enseignement de cette guérison miraculeuse.

Ajoutons qu’au regard d’autres miracles opérés par Jésus, celui-ci ne semble pas très important. Il est raconté en deux ou trois versets, inséré entre d’autres miracles plus « spectaculaires ». Et il est vrai que l’on a vite tendance à le lire sans vraiment s’y arrêter, ou peut-être en y relevant quelques informations, comme le fait de savoir qu’il s’agit de la belle-mère de Simon/Pierre, donc que Pierre était marié.

Avant d’aller plus en avant et de regarder à la loupe les différences entre ces trois textes, nous devons nous pencher sur les différents points de vue des trois évangélistes. À qui adressent-ils leurs écrits ? En effet, tous trois s’adressent à un public précis. Et par extension, les quatre évangélistes, Matthieu, Marc, Luc et Jean, inspirés par l’Esprit Saint, donnent une vision totale et globale du ministère de Jésus-Christ sur Terre. Les quatre Évangiles se complètent et rapportent la totalité de l’enseignement de Jésus-Christ, et les épîtres de Paul, de Jacques, de Pierre, de Jean, de Jude ainsi que le Livre de l’Apocalypse viennent éclairer cet enseignement. On va donner le point de vue, des quatre évangélistes, même si notre étude ne concerne par Jean qui dans son évangile ne rapporte pas cet évènement, afin de comprendre que les textes se complètent, et lorsqu’on y voit ce qui nous semble être une contradiction, c’est que l’Esprit Saint nous invite à nous poser et à réfléchir. 

Matthieu, nous l’avons vu à plusieurs reprises lors de l’étude de son évangile, s’adresse à des juifs qui connaissent les coutumes juives. Son but est de leur montrer que Jésus est le Messie qu’ils attendent. Et c’est pour cela que dans son évangile, on trouvera beaucoup de références à l’Ancien Testament. Matthieu, tout au long de son récit, insiste sur l’importance de la foi et de la prière.

Marc est l’évangéliste qui se dévoile tout au long du Nouveau Testament. Déjà, il se dévoile à travers son propre évangile, mais on le retrouve dans le Livre des Actes, et Paul parle de lui dans sa deuxième lettre adressée à Timothée. Marc était un homme de confession juive, relativement effacé, rempli de doutes, qui n’arrivait pas à se positionner dans sa foi. Nous savons que sa mère était disciple de Christ, elle a connu et suivi Jésus-Christ lors de son ministère sur Terre. Puis, dans le Livre des Actes, nous apprenons qu’elle avait ouvert sa maison aux premiers chrétiens pour qu’ils puissent se réunir et prier. C’était une femme très active au sein de la première communauté chrétienne. Marc a vu tout cela, il a entendu les discours de Jésus, il a vu les miracles, et tout au long de son évangile, il nous parle de sa conversion. Marc est passé de l’homme juif qui doutait de sa foi, à l’homme de foi, au véritable disciple de Christ. Et il raconte ce changement dans son évangile. C’est pourquoi son écrit s’adresse à tous ceux qui doutent, à tous ceux qui claudiquent, qui ont peur. Marc s’est décrit lui-même comme quelqu’un de non affirmé, qui vivait dans la peur, qui a préféré fuir plutôt que de proclamer sa foi au Christ. Et petit à petit, il est devenu l’homme affirmé, qui n’a plus peur de proclamer sa foi au Christ, quelqu’un de pleinement engagé, qui a rejoint, plus tard, Paul et Luc.

C’est pourquoi l’évangile de Marc s’adresse surtout à ceux qui claudiquent, ceux qui ont peur de s’affermir dans leur foi, ceux qui n’arrivent pas à se positionner et à s’ancrer complètement dans la foi. Il s’adresse aussi à ceux qui sont persécutés, notamment les premiers chrétiens, afin qu’ils gardent confiance en Dieu. Marc porte davantage son message aux chrétiens soumis aux persécutions, et à ces chrétiens persécutés, il leur envoie ce magnifique message d’espérance : « Ne doutez pas, car si vous doutez, c’est que vous n’avez pas compris le message du Christ. Restez fermes et affermis dans la foi, Dieu pourvoie à tous vos besoins, Il gère tout, et la divinité du Christ se révèle dans sa Passion et non dans la gloire. Gardez confiance, car le Christ a le pouvoir de ressusciter les morts ! »

Luc était médecin grec, il était quelqu’un de très instruit, un érudit dans son domaine. C’était quelqu’un de très précis avec un esprit scientifique qui appelait à cette précision. Et dans son évangile, il utilise souvent des termes techniques très précis. Luc n’a pas connu Jésus, mais il était très proche de Paul. Son évangile, ainsi que les Livres des Actes qui ont aussi été écrits par lui, est une enquête. Luc a réalisé une véritable enquête de terrain, une enquête méticuleuse, précise et méthodique. Il est allé interroger tous les témoins de l’époque, dont les apôtres et certainement Marie et Marie-Madeleine et probablement la mère de Marc. Son évangile est documenté et daté, car il cite de nombreux noms propres ainsi que des faits historiques pour ancrer son enquête dans le temps et l’espace. Son évangile s’adresse à « l’excellent Théophile », un haut dignitaire d’origine grecque qui fut nommé par les Romains grand-prêtre sacrificateur. Le but de son enquête était d’apporter des preuves à Théophile que Jésus est le Christ, afin qu’elles soient examinées. Son évangile s’adresse à tous les non juifs, c’est-à-dire aux païens et particulièrement aux Grecs.

Et pour finir, il y a Jean, frère de Jacques le Majeur, fils de Zébédée, surnommé, avec son frère, les fils du Tonnerre. Jean a été le premier à reconnaître la nature divine de Christ, Fils de Dieu. Son évangile est très spirituel et son but est de présenter Jésus, Fils de Dieu et Fils de l’homme, la Parole faite chaire, qui réunit, par sa nature divine et humaine, l’homme au Père.

Pour en connaître plus sur les quatre évangélistes, je vous invite à lire l’article « Qui sont les quatre évangélistes » sur ce blog.

Ainsi, il est important de comprendre à qui s’adressent les évangélistes, la vision de chaque évangéliste, pour avoir la vision globale d’un évènement. On va garder cela en tête, et regarder maintenant les différences entre ces trois textes, qui sont davantage des différences de points de vue de chaque évangéliste, puis nous regarderons ce qu’il s’est passé avant cette guérison, puis après cette guérison, et alors nous aurons la vision globale de cette guérison, l’enseignement qui est donné par cette guérison miraculeuse.

Les différences

Maintenant que l’on regarde de plus près ces trois textes et qu’on les compare, on pourrait penser que finalement, les trois évangélistes ne rapportent pas le même évènement, au vu de toutes les différences dans les récits qu’on y note. En effet :

Matthieu et Luc nous rapportent que Jésus est venu seul au chevet de la belle-mère de Simon/Pierre, tandis que Marc nous dit qu’il était accompagné par Jacques et Jean.

Matthieu et Luc nous disent que Jésus est entré dans la maison de Simon/Pierre, tandis que Marc nous précise que cette maison est aussi celle d’André, le frère de Simon. Notons aussi que Marc et Luc parlent de Simon, c’est-à-dire qu’ils utilisent son nom avant qu’il soit renommé Pierre par Jésus, alors que Matthieu utilise le nom de Pierre. Et là encore, ce détail a son importance.

 Pour Matthieu et Marc, la belle-mère de Simon/Pierre est simplement couchée avec de la fièvre, tandis que pour Luc, elle souffre d’une fièvre terrible. Et Luc ne précise pas qu’elle est couchée.

Dans le récit de Marc et celui de Luc, il nous est rapporté que ce sont des personnes qui parlent de cette femme à Jésus. Donc, on sait qu’elle est entourée, elle n’est pas seule. Et ce sont ces personnes qui vont parler d’elle à Jésus pour Marc et prier pour elle dans Luc. Et là encore, il y a une différence entre parler de quelqu’un et prier pour quelqu’un. Matthieu ne rapporte pas ce détail. 

Et c’est là qu’on arrive à la description du miracle. Pour Matthieu, Jésus touche la main de cette femme et la fièvre la quitte. Pour Marc, Jésus s’approche d’elle, l’aide à se lever en la prenant par la main et la fièvre la quitte, et pour Luc, Jésus se penche sur elle et gronde sévèrement la fièvre qui quitte la femme. Là, on remarque bien que quelque chose n’en va pas. Déjà, comment peut-on gronder ou réprimander une fièvre ? Ensuite, d’un côté, la belle-mère de Simon/Pierre a besoin d’aide pour se lever, et Jésus la touche, de l’autre côté, chez Luc, on a l’impression que Jésus est en colère, il se penche tout en colère et il se met à réprimander la fièvre, comme si la fièvre était un être humain. Certains ont même pensé, vu l’attitude de Jésus, que cette fièvre était un démon. Et là on part dans des explications qui ne touchent plus terre ! Que s’est-il réellement passé ?

→ Enfin, notons que chez Matthieu, la belle-mère de Simon-Pierre se lève et sert Jésus, alors que chez Marc et Luc, elle se lève et sert ceux qui sont autour d’elle. Là encore, c’est un détail qui a son importance.

Maintenant qu’on a vu toutes ces différences, qui vont, je vous rassure, trouver une explication, il nous faut circoncire le contexte de ces textes, afin de mieux saisir l’explication à ces différences.

Qu’est-ce qu’il s’est passé avant cet évènement

 

Jésus a fini le discours sur la montagne, il descend et là, un lépreux l’interpelle pour lui demander si l’heure de sa guérison est arrivée. Et là Jésus lui répond oui, et le lépreux est guéri.

⇒ Ici, il s’agit d’une demande de foi.

Puis, Jésus entre dans la ville de Capernaüm, sous-entendu la ville de la repentance et de la miséricorde (voir étude 57 de l’Évangile de Matthieu), et il est interpellé par un centenier qui lui demande de guérir son serviteur. Jésus est frappé de la foi que manifeste ce centenier, et il guérit le serviteur.

Là encore, comme nous l’avions expliqué dans nos études 57 et 58 de l’Évangile de Matthieu, ce centenier adresse une demande pleine de foi à Jésus, il manifeste les trois axes de la foi.

Ensuite, nous arrivons au passage de la guérison de la belle-mère de Simon/Pierre.

Ajoutons que dans Matthieu, et cela est important de le souligner, l’appel de Simon s’est fait avant le discours sur la montagne, au chapitre 4 de l’Évangile de Matthieu. Donc, Simon suivait déjà Jésus lorsqu’il a guéri sa belle-mère.

Dans Matthieu, nous voyons que tout tourne autour de la foi, que son texte est centré sur la foi en Dieu.

 

Chez Marc

Marc ne parle pas du discours sur la montagne. Son Évangile débute par Jean le Baptiste qui appelle au baptême de repentance sur le bord du Jourdain, avec le passage de la sacrificature entre Jean et Jésus et donc, le début du ministère de Jésus. Ensuite, il y a la triple tentation dans le désert, et Jean qui est livré aux pharisiens.

Puis, Jésus va en Galilée où il prêche l’Évangile du Royaume de Dieu, et sur les bords de la Galilée, il appelle Simon, André, Jacques et Jean (les fils de Zébédée) à le suivre.

Puis, ils entrent tous dans Capernaüm, alors que Matthieu nous dit que Jésus entre dans Capernaüm. Et là, Marc nous dit qu’il enseigne dans une synagogue et que tous ceux qui l’écoutent sont étonnés de sa doctrine et de son autorité. Ensuite, il y a ce passage où Jésus, toujours dans la synagogue, délivre un homme possédé d’un esprit impur.

Et c’est après cette démonstration de puissance que Jésus se rend, avec ses disciples, puisque Marc précise qu’ils sont plusieurs à se déplacer, dans la maison de Simon et André pour guérir la belle-mère de Pierre.

Quand on superpose les deux textes, celui de Matthieu et celui de Marc, on s’aperçoit que tous deux ne décrivent pas les mêmes évènements avant la guérison de la belle-mère de Simon/Pierre, au point qu’on pourrait même penser que l’apôtre avait deux belles-mères et donc qu’il ne s’agit pas de la même femme, ou bien que cette femme a été malade deux fois. C’est très étonnant. On voit bien qu’il y a un problème.

Enfin, Marc place l’appel de Simon, André, Jacques et Jean avant la guérison de la belle-mère de Simon, donc ce dernier avait déjà décidé de suivre Jésus.

 

Chez Luc

Le chapitre 4 de l’Évangile de Luc débute par la triple tentation de Jésus au désert. Puis, Jésus enseigne en Galilée où sa renommée se répand, puis il va à Nazareth, où, dans la synagogue, il lit le texte du prophète Esaïe. Et l’on apprend, au moment où Jésus a terminé sa lecture, qu’il avait déjà réalisé de nombreux miracles à Capernaüm. Donc, ce n’est pas la première fois que Jésus se rend à cette ville. Puis, Jésus, après avoir dit que la prophétie d’Esaïe est réalisée par lui, et donc, qu’il se dévoile en tant que Messie, est chassé de la synagogue de Nazareth et traité de blasphémateur.

Puis, Jésus se rend à Capernaüm, et Luc précise qu’elle est une ville de Galilée. Là, on peut se dire que lorsque Marc dit que Jésus a prêché en Galilée, il est peut-être passé par la ville de Capernaüm. Donc, Jésus est allé plusieurs fois à Capernaüm.

Luc dit que Jésus enseignait avec autorité. On retrouve la même chose chez Marc. De même que l’on retrouve le même évènement de l’épisode du démoniaque dans la synagogue où il enseignait. Et c’est juste après cela que Jésus sort et va dans la maison de Simon pour guérir la belle-mère de ce dernier.

Ainsi, Marc et Luc suivent à peu près les mêmes évènements, tous deux décrivent Jésus sortant de la synagogue après la délivrance du démoniaque et se rendant chez Simon. Matthieu, lui, ne parle pas du démoniaque dans la synagogue.

Enfin, et c’est là le plus étonnant, Luc rapporte l’appel de Simon, André, Jacques et Jean après la guérison de la belle-mère de Simon, contrairement aux deux autres évangélistes.

On a vraiment l’impression qu’il y a quelque chose qui ne va pas temporellement dans les évènements qui nous sont rapportés. Si, comme beaucoup de détracteurs, on s’arrête là, on pourrait dire qu’il n’y a rien qui concorde, que la Bible se contredit, que rien n’est juste… Et pourtant… Le Saint-Esprit ne se trompe jamais, et lorsqu’Il nous guide, tout s’éclaire, lorsqu’on se laisse enseigner par Dieu, tout s’éclaire.

Continuons notre enquête en allant regarder ce qu’il se passe après la guérison de la belle-mère de Simon.

 

Qu’est-ce qu’il s’est passé après cet évènement

Les trois évangélistes rapportent la même chose, c’est-à-dire que le soir après la guérison de la belle-mère de Simon/Pierre, on amena à Jésus-Christ des malades et des démoniaques et Jésus chassa les démons et guérit les malades, avec bien sûr, des nuances dans le texte qui seront vues lorsqu’on étudiera ce passage dans nos études de l’Évangile de Matthieu.

Nous avons donc un avant qui est différent entre les trois récits, et un après qui est identique. Et entre les deux, ce texte très court qui semble anodin et qu’on lit, le plus souvent très rapidement. On remarque que Luc et Marc rapportent le même évènement, qui est celui de la délivrance du démoniaque dans la synagogue, et que tous deux semblent insister, lorsqu’on lit les textes, sur l’autorité de Jésus. Alors que Matthieu ne fait aucune mention de cet évènement, et qu’il insiste sur la foi, surtout avec l’intervention du centenier, que ni Luc ni Marc ne mentionnent.

Ainsi, et pour bien comprendre ce qu’il se passe, on va confronter les textes de Marc et de Luc, qui donnent une chronologie similaire, et par ce travail, on va comprendre ce qu’il s’est passé, et tout le message, ou plutôt l’enseignement spirituel qui est derrière la guérison de la belle-mère de Simon/Pierre.

 

Comparaison des textes de Marc et de Luc

Chez Marc, le verbe que l’on a traduit pas sortir est ἐξέρχομαι – exerchomai et chez Luc, il s’agit du verbe ἀνίστημι – anistemi. Donc, deux verbes grecs différents ont été traduits de la même manière en français.

Le verbe ἐξέρχομαι – exerchomai signifie partir, sortir. Ce verbe est composé de la préposition ἐκ, qui signifie hors de, depuis, par, de, loin de, et du verbe ἔρχομαι – erchomai qui signifie aller et/ou venir avec un but précis, arriver d’un lieu à un autre, venir devant le public, devenir connu.

Marc semble décrire comme des allers et retours de Jésus avec ses disciples, des allers et retours rapides et précipités, comme s’ils sortaient d’un lieu, ici la synagogue, pour aller vers un autre lieu, la maison de Pierre et ainsi de suite. Ou, comme s’ils étaient venus de la maison de Pierre à la synagogue, pour repartir de la synagogue pour retourner à la maison de Pierre.

Luc utilise le verbe ἀνίστημι – anistemi qui signifie se lever, faire se lever. Là, il n’y a pas de notion de sortir, mais celle de se lever ou de faire se lever. Pour bien comprendre le sens de ce verbe, il faut s’imaginer au cinéma. Une envie pressante nous prend en plein milieu du film, et l’on doit aller aux toilettes. On va alors se lever, et déranger toute la rangée pour passer jusqu’à la porte de sortie. On va faire lever les personnes qui sont sur notre rangée et déranger les personnes qui sont derrière en leur cachant l’écran lors de notre passage. Ce verbe ἀνίστημι – anistemi comporte cette idée de se lever et de déranger les autres qui vont se lever à leur tour. Ainsi, Jésus s’est levé et a dérangé l’assemblée dans la synagogue et les gens se sont levés à leur tour.

Chez Luc, il s’agit du verbe εἰσέρχομαι – eiserchomai, il s’agit du verbe ἔρχομαι – erchomai auquel on ajouté la préposition εἰς – eis qui signifie pour.

Ainsi, chez Marc on a vraiment l’insistance sur une sorte d’aller et retour pour aller de nouveau. Alors que Luc semble décrire un déplacement « dérangeant », obligeant les autres à se lever sans que ce soit prévu, dans le but de quelque chose, pour quelque chose. En tout cas, avec l’utilisation du verbe εἰσέρχομαι – eiserchomai on sent qu’il y a un but futur, ou une action qui va entraîner une cascade d’autres actions, comme le fait d’aller et revenir.

  • Συνεχομένη – synechomenē à il s’agit de la conjugaison du verbe συνέχω – sunecho conjugué à l’imparfait et à la forme passive. Ce verbe signifie tenir lié ensemble et être oppressé par. C’est-à-dire que la fièvre était liée à elle, et l’oppressait. La fièvre était la maladie. Comme le verbe est à la forme passive et à l’imparfait, cette femme subissait la maladie.
  • πυρετῷ – pureto à il s’agit du mot πυρετός – puretos mis au datif dans le texte, souvent utilisé pour désigner un COD. Le mot πυρετός – puretos signifie fièvre, chaleur ardente. Ce qui signifie que ce qui l’oppressait était la fièvre.
  • μεγάλῳ – megalo à on a bien reconnu la racine mégalo utilisée en français dans le mot mégalomanie par exemple. Ce mot en grec signifie très grand, important, puissant. On sent bien que cette fièvre était très forte.

Ainsi, Luc décrit une femme atteinte d’une grosse fièvre qui l’oppresse. On n’est pas dans les 38 °C de fièvre, mais plutôt aux alentours des 40 °C. Et cette fièvre est la maladie, elle est liée à la maladie. On a ici la description d’une maladie qui ressemble au paludisme, ou à la fièvre du Nil occidental par exemple. Luc n’a pas ausculté la malade, il a réalisé une enquête et rassemblé les informations qu’on lui a transmises. Et d’après ces informations, cette femme semblait complètement terrassée par une grosse fièvre. Luc donne la description d’une femme atteinte d’une maladie chronique grave ou d’une grave affection virale. C’est pour cela qu’on pense au paludisme. Alors que chez Marc, il semble que la fièvre soit moins forte et que la malade dort.

On n’est pas sur la même idée ici. D’un côté, on demande à Jésus, on prie Jésus, pour venir guérir cette femme, de l’autre côté, on parle simplement d’elle à Jésus. Et ce sont ces petits détails qui vont nous faire comprendre ce qu’il s’est passé.

Maintenant qu’on a regardé ce qu’il s’est passé avant le miracle, on va mettre notre loupe sur la réalisation du miracle de guérison sur nos deux textes, un texte après l’autre pour bien comprendre ce qu’il se passe.

Et à l’instant même où elle s’est rétablie, où elle est revenue à la vie, elle les servit, c’est-à-dire qu’elle a repris quasiment de suite son service. Et ce détail aussi à son importance.

Maintenant que l’on a confronté nos textes, on va rassembler nos informations et donner la conclusion.

 

Conclusion

 

Si l’on rassemble tous les éléments des deux récits que l’on vient d’étudier en profondeur, que peut-on dire ?

Tout d’abord, on sait que Jésus était à la synagogue. Puis, il s’est levé pour aller dans la maison de Simon/Pierre alors que cela n’était pas prévu, un peu dans la précipitation, raison pour laquelle Luc nous dit qu’il s’est levé et a dérangé les autres. Il y avait urgence, la belle-mère de Pierre était sur le point de mourir. Là, il se rend seul dans la maison de Simon/Pierre, et sur place, il se trouve des proches de la malade qui le prient de la guérir (Luc). Jésus répond à leur prière et la guérit d’une maladie chronique certainement très grave (Luc). On peut supposer que Simon/Pierre était présent. Ensuite, Jésus appelle Simon, André, Jacques et Jean à le suivre. C’est pour cela que Luc place l’appel de ces quatre apôtres après cette guérison. Puis, Jésus revient à la synagogue après cet appel, et c’est pour cela que Marc place l’appel après la guérison. Et à nouveau, on vient le voir pour lui parler de l’état de la belle-mère de Pierre, qui est à nouveau fièvre, mais on sent que c’est moins grave, et Jésus revient chez Pierre où il la trouve endormie. Il la réveille et elle se lève (Marc).

En fait, cette femme était gravement malade. Jésus l’a guérie une première fois, puis, comme après toute guérison, il faut un temps de convalescence afin de permettre au corps de s’en remettre. Alors bien sûr, après s’être remise à ses occupations (ménage, cuisine…), elle s’est sentie épuisée. Tout rétablissement prend un peu de temps. Ceux qui l’entouraient ont été alors inquiets de la voir à nouveau au lit, et sont allés chercher Jésus pour lui parler de son état. Alors, comme ils sont inquiets, Jésus va aussitôt au chevet de cette femme, et la réveille. Et là, elle est en pleine forme.

Il y a en fait deux temps dans cette guérison, et les textes s’imbriquent et se complètent pour nous dévoiler ces deux temps de guérison. Le premier temps est la guérison en elle-même, et le second temps, est le rétablissement complet, le renouvellement, le retour à la vie.

Souvent, on veut une guérison instantanée. Mais cette femme a d’abord été délivrée (ici de la fièvre, donc de ce qui l’oppressait) et ensuite, elle a été pleinement restaurée.

Par la repentance, on est délivré de ce qui nous oppresse, et ensuite, par la sanctification, on est pleinement restauré.

Et pour le texte de Matthieu ? Le texte de Matthieu nous montre que cette femme a été pleinement restaurée, car Matthieu nous dit qu’elle « le » sert et non plus « les » sert, ce qui signifie qu’elle s’est mise au service de Jésus-Christ. Et Matthieu nous montre que c’est à ce moment-là, à ce moment précis, que Simon a commencé à devenir Pierre. Et encore une fois, on voit que les textes s’imbriquent et se complètent. Ajoutons que Luc et Marc nous montrent que Dieu a toute autorité sur toute chose, et Matthieu nous montre que tout devient possible à celui qui a la foi et qui se place sous l’autorité de Dieu, ce qui est évidemment très important.

On parlera plus longuement du texte de Matthieu dans la suite de nos études concernant son évangile.

Maintenant, toutes les fois où vous serez devant un évènement qui est rapporté plusieurs fois dans la Bible, posez-vous, lisez les textes ensemble, comparez-les, demandez à Dieu de vous aider à comprendre, et laissez-vous guider. Vous lirez alors la Bible différemment, avec une nouvelle compréhension, et tout va s’éclairer.

Que Dieu vous garde et vous bénisse.

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