Laisse les morts ensevelir leurs morts

L’Évangile de Matthieu

Laisse les morts ensevelir leurs morts – Matthieu 8:21-22

Le chapitre 8 de l’Évangile de Matthieu est une mise en application du discours de Jésus-Christ sur la montagne, avec une succession de récits de miracles comme la guérison d’un lépreux, la guérison du serviteur d’un centenier, la guérison de la belle-mère de Pierre, la guérison et la délivrance de plusieurs démoniaques et de plusieurs malades, le miracle de la tempête apaisée, la délivrance de deux démoniaques dans le pays des Gadaréniens. Tous ces miracles sont des exemples de mises en application de la Parole. Et entre ces différents miracles qui donnent des clefs de compréhension de la Parole de Dieu, Jésus-Christ nous livre d’autres enseignements spirituels très profonds. Ce chapitre huit de l’Évangile de Matthieu est donc très riche en préceptes divins.

Dans les deux versets de notre étude, Jésus-Christ répond à une demande d’un de ses disciples, et, en première lecture, sa réponse paraît dure, on a l’impression que Jésus dit à son disciple qu’il ne doit pas enterrer son père, et qu’il doit Le suivre maintenant, sans faire son deuil. Or on verra qu’encore une fois, ce qu’on lit dans la plupart de nos Bibles françaises n’est absolument pas ce qui a été écrit à l’origine par Matthieu et inspiré par le l’Esprit Saint.

Rappelons que Matthieu adresse son évangile à des croyants qui connaissent les coutumes juives, et que son but est de montrer que Jésus est le Christ, le Messie annoncé par les prophéties. Il est certainement l’évangéliste qui fait le mieux comprendre que le Nouveau Testament est éclairé par l’Ancien Testament, lequel ne se comprend qu’à la lumière du Nouveau Testament.

Commençons par lire les versets qui nous intéressent :

²¹Un autre, d’entre les disciples, lui dit : Seigneur, permets-moi d’aller d’abord ensevelir mon père.

²²Mais Jésus lui répondit : Suis-moi, et laisse les morts ensevelir leurs morts.

Matthieu 8:21-22, Traduction Louis Segond

 

Ces deux versets sont très surprenants, et encore une fois, on a l’impression que Jésus-Christ est dur dans sa réponse, intransigeant. D’autant plus que là précisément, Il répond à l’un de ses disciples. Voici un disciple qui demande d’aller enterrer son père, et Jésus lui répond qu’il doit Le suivre.

Est-ce que Dieu nous empêcherait-Il de faire le deuil d’un être cher ? Est-ce que Dieu ne veut pas que l’on rende nos derniers hommages à un être cher ? D’autant plus qu’il s’agit du père du disciple ici ? Pourquoi Jésus-Christ ne veut-Il pas que son disciple aille enterrer son père ?

Quand on lit ce texte dans sa traduction française, on comprend que ce disciple demande un délai pour aller enterrer son père. Sa demande est légitime. Il veut quitter le groupe juste un instant pour aller enterrer son père, puis il revient. Et Jésus lui répond qu’il doit Le suivre, et donc, qu’il ne doit pas aller à l’enterrement de son père. C’est rude quand même ! On a alors l’impression que pour suivre Dieu, il faut faire de nombreux sacrifices, que la marche avec Dieu est pénible et douloureuse et qu’il faut renoncer à tout. Devrait-on renier sa famille, son père et sa mère, pour suivre Dieu ? Cela ne colle pas, surtout lorsque l’on se rappelle cette Parole de Dieu : « Honore ton père et ta mère » (Exode 20:12).

Notons que cet homme, s’il veut aller enterrer son père, c’est que ce dernier vient de décéder. Or, il ne semble pas ressentir de la peine. Ou s’il en ressent, Jésus, dans sa réponse, ne semble pas compatir avec lui. Il y a quelque chose qui cloche.

Pour adoucir ce texte, et rendre Dieu « plus gentil », certains commentateurs ont émis l’idée que ce disciple voulait quitter le groupe un moment plus ou moins long, pour aller auprès de son père, encore vivant, et attendre qu’il fût mort pour revenir. C’est une interprétation un peu tirée par les cheveux !

On va voir que finalement, la demande de ce disciple n’est pas d’aller enterrer son père qui vient de décéder, mais qu’elle est tout autre, et que finalement, la réponse de Jésus-Christ à son disciple est pleine d’amour.

Voyons cela en détail.

 

On se souvient, à l’étude précédente, Jésus-Christ a répondu à un scribe. Là, il s’adresse à un disciple, donc a priori à quelqu’un de différent du scribe, à quelqu’un qui a fait le choix de Le suivre. On pourrait interpréter ce texte de cette manière. Si l’on pense ainsi, alors il faudrait supposer que le scribe était un disciple de Jésus-Christ, et donc, que ce disciple-là est différent du scribe. Il y a donc quelque chose qui ne va pas, puisque le scribe n’était pas un disciple de Jésus-Christ.

On sait que Jésus-Christ était entouré de nombreux disciples qui le suivaient et écoutaient son enseignement. Donc, logiquement, cet homme faisait partie de ses disciples, mais il était différent de ses disciples, il ne pensait pas de la même manière que ses disciples.

Le mot d’entre n’existe pas dans le texte en grec ancien. Par contre, on a deux mots qui n’ont pas été traduits :

On comprend que cet homme qui interpelle Jésus est au milieu des disciples de Jésus et qu’il s’est lui-même proclamé disciple de Jésus, et qu’il est différent d’un disciple, qu’il ne pense pas de la même manière que les disciples.

Ce mot, lorsqu’il est au génitif, prend le sens d’apprendre, d’être étudiant.

Donc, il y avait là les disciples de Jésus-Christ, ceux qui apprenaient de Lui, ceux qui recevaient son enseignement, et un homme qui était parmi les disciples, qui était au milieu des disciples, qui disaient être disciples de Jésus-Christ, mais qui dans ses pensées, étaient différents des disciples, qui ne pensaient pas comme les disciples.

Et c’est pour cela qu’il y a une continuité avec le scribe, qui était là aussi, parmi la foule, parmi les disciples, mais qui n’était pas un disciple de Jésus-Christ, et qui cherchait en Jésus-Christ du sensationnel. Ce disciple n’est pas à la recherche de sensationnel, mais, tout comme le scribe, il n’est pas clair dans ses pensées.

Voici donc un homme qui est différent d’un véritable disciple qui reçoit l’enseignement de Christ, un homme qui est au milieu des disciples, qui agit comme un disciple, dont les pensées sont troubles.

Le verbe ἐπιτρέπω – epitrepto peut se comprendre selon deux sens différents :

→ tourner vers ou sur, afin de transmettre ou de léguer quelque chose à quelqu’un ou de remettre ou confier quelque chose à quelqu’un.

→ s’en remettre à, se confier à, remettre à quelqu’un le soin de décider de quelqu’un ou de quelque chose, s’abandonner à, se laisser aller à ses désirs.

La conjugaison de ce verbe à l’aoriste impératif montre que ce disciple exprime soit un ordre, soit un souhait concernant une action ponctuelle ou achevée.

Littéralement, ce disciple est en train de demander à Jésus la permission, puisqu’il exprime un souhait sur le mode impératif, c’est-à-dire que ce souhait lui tient à cœur, il doit faire cela, de s’éloigner un temps de Jésus pour aller en premier lieu enterrer son père, avant de revenir à Jésus. Concrètement, dans sa demande, on perçoit que ce qu’il doit faire est bien plus important que le fait de suivre de Jésus, d’être le disciple de Jésus. Que doit-il faire ? Cela a été traduit par « ensevelir son père », et l’on va regarder en grec ce qu’il a décrété impératif de faire.

Notons que dans la demande de cet homme, tous les verbes sont conjugués à l’aoriste actif, une fois au mode impératif, et le reste au mode infinitif, ce qui signifie qu’il n’y a pas de notion de durée, ni de passé, ni de présent, ni de futur.

En vérité, cet homme demande à s’en aller, à quitter le groupe, pour revenir ensuite, et cela régulièrement, pour aller rendre des honneurs funèbres à un patriarche, un grand-père, au père de son clan… Rendre les honneurs funèbres ne signifie pas ensevelir un mort, mais pratiquer un rituel funéraire ou mortuaire, une commémoration funèbre. Donc, cet homme demande à quitter régulièrement Jésus pour aller pratiquer des rituels mortuaires en souvenir de quelqu’un, peut être un ancêtre, peut être le chef de son village, puis de revenir auprès de Jésus.

Et là, ce n’est pas du tout la même chose, cet homme ne veut pas aller enterrer son père, il veut régulièrement, c’est-à-dire au moment où tout son clan pratique ce rituel mortuaire en souvenir d’un mort, se rendre auprès des siens pour pratiquer avec eux ce rituel, puis revenir auprès de Jésus. Concrètement, cet homme dit à Jésus qu’il veut bien le suivre, mais que parfois, il aura des rites funéraires à accomplir, et que durant ces moments, il ne le suivra plus, mais il reviendra ensuite. En gros, cet homme veut suivre Jésus, mais avec des parenthèses pour s’adonner à une tradition humaine. C’est un coup oui, je te suis, un coup non, je vais suivre le monde et ses traditions. Et c’est pour cela que Jésus lui répond non, car on ne peut suivre deux maîtres à la fois, ou c’est Dieu ou le monde et ses mensonges. Examinons précisément la réponse de Jésus-Christ.

 

Le verbe ἀκολουθέω – akoloutheo signifie faire route avec, accompagner, suivre, suivre par l’intelligence, se laisser conduire ou diriger par.

Littéralement, Jésus-Christ demande à ce disciple de le suivre de plus en plus près, spirituellement, de le suivre par l’intelligence, c’est-à-dire avec la volonté de se laisser enseigner, guider, de prendre la décision de le suivre et à partir d’aujourd’hui, de le suivre de plus en plus près spirituellement.

Bibliquement, selon la Parole de Dieu, le mot, dans le sens νεκρός – nekros est celui qui est spirituellement mort, donc, celui qui a perdu le souffle de vie. On se souvient, il y a le souffle qui anime le corps, c’est l’âme, et les animaux ont une âme. Ils bougent, ils mangent, ils dorment… Les hommes ont reçu l’âme, le souffle qui anime le corps, et l’esprit, c’est-à-dire le souffle de vie. Le vivant, c’est celui dont l’esprit est vivant. Pour que l’esprit soit vivant, c’est-à-dire pour qu’un homme soit spirituellement vivant, il faut qu’il soit avec Dieu, qu’il marche avec Dieu, car le souffle de vie c’est Dieu.

Celui qui est spirituellement mort, le mort spirituel dont il est question dans ce texte, c’est celui qui ne marche pas avec Dieu. Et celui qui ne marche pas avec Dieu appartient au monde, est adhère ou est prisonnier de ses coutumes, de ses croyances, de ses mensonges… qui sont diffusés dans le monde par ceux qui ont fait le choix de rejeter Dieu, fait le choix de devenir des adversaires de Dieu, et eux aussi, sont des morts spirituels. Leur but est d’entraîner le plus de monde possible à rejeter Dieu, à s’éloigner de Dieu, à emprunter le chemin de la perdition et de la destruction. Et ces rituels funéraires sont des rituels, des coutumes qui ne viennent pas de Dieu, mais des hommes, et dont celui qui est mort spirituellement s’attache.

Ainsi, Jésus-Christ dit à ce disciple de le suivre de plus en plus près spirituellement et d’abandonner ceux qui sont morts spirituellement, ceux qui suivent le monde et de renoncer à accomplir tous ces rituels qui viennent du monde.

Lisons Éphésiens 2:1-3 : « Et vous qui étiez morts par vos offenses et par vos péchés, dans lesquels vous avez marché autrefois, selon le train de ce monde, selon le prince de la puissance de l’air, de l’esprit qui agit maintenant dans les fils de la rébellion, parmi lesquels nous tous aussi nous avons vécu autrefois dans les convoitises de notre chair, faisant les volontés de la chair et de nos pensées ; et nous étions par nature enfants de colère aussi bien que les autres. »

La mort spirituelle survient par les offenses et les péchés, lorsque quelqu’un marche selon le monde, et non selon Dieu, lorsque quelqu’un se rebelle, devient donc un fils de la rébellion, et veut marcher selon les désirs de sa chair, lorsque quelqu’un rejette Dieu. Le mort spirituel est toujours vivant selon le monde, puisqu’il mange, il parle, il bouge, il travaille… mais il agit selon ses propres aspirations et désirs, selon ses propres pensées, et il devient esclave du monde, des mensonges du monde. Son corps est vivant, mais son esprit est mort. Et quand cela arrive, l’esprit est remplacé par l’ego, c’est-à-dire que c’est l’ego qui va diriger le mental du mort. C’est comme cela qu’on arrive à l’individualisme. Le mort c’est celui qui va s’attacher à des rites humains, à des coutumes humaines, à une idéologie humaine… pour essayer de se sentir vivant. Il mène une existence, mais il ne vit pas.

Lisons Apocalypse 3:1 : « Écris à l’ange de l’Église de Sardes : Voici ce que dit celui qui a les sept esprits de Dieu et les sept étoiles : Je connais tes œuvres. Je sais que tu passes pour être vivant, et tu es mort. »

Celui qui est mort spirituellement passe pour un vivant parmi les autres morts spirituels. C’est-à-dire que celui qui est mort semble, pour le monde, aux yeux du monde, profiter de la vie, s’amuser, amasser de la richesse… donc profiter de son existence.

Le mort spirituel peut aussi se sentir vivant un instant en exécutant des rituels, ou en s’attachant à une doctrine, souvent religieuse. On pense souvent que les religieux sont vivants, ils respirent la vie, la sainteté, mais spirituellement, ils sont morts, car idolâtres. Ces rituels, en réalité, comblent en eux le manque de Dieu, et ils ont alors l’impression d’accomplir quelque chose d’important, ils se sentent vivants.

Finalement, que dit Jésus-Christ à ce disciple qui souhaite rejoindre régulièrement sa famille ou son clan pour accomplir un rituel funéraire, rituel qui vient d’une croyance du monde et non de Dieu ? De Le suivre de plus en plus près, c’est-à-dire spirituellement de se laisser guider par la Parole de Dieu, et de renoncer à tous ces rituels humains qui conduisent à la mort spirituelle.

Être chrétien, c’est faire le choix de suivre Dieu. Et donc, être chrétien c’est faire le choix de marcher à contre-courant du monde. C’est le véritable combat spirituel qui se mène chaque jour, dans la prière et par l’écoute de la Parole de Dieu.

Que Dieu vous garde et vous bénisse.

 

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