Les renards ont des tanières

L’Évangile de Matthieu

Les renards ont des tanières – Matthieu 8:18-20

Le chapitre 8 de l’Évangile de Matthieu est une mise en application du discours de Jésus-Christ sur la montagne, avec une succession de récits de miracles comme la guérison d’un lépreux, la guérison du serviteur d’un centenier, la guérison de la belle-mère de Pierre, la guérison et la délivrance de plusieurs démoniaques et de plusieurs malades, le miracle de la tempête apaisée, la délivrance de deux démoniaques dans le pays des Gadaréniens. Tous ces miracles sont des exemples de mises en application de la Parole. Et entre ces différents miracles qui donnent des clefs de compréhension de la Parole de Dieu, Jésus-Christ nous livre d’autres enseignements spirituels très profonds. Ce chapitre huit de l’Évangile de Matthieu est donc très riche en préceptes divins.

Dans cette étude, nous allons voir que la réponse de Jésus-Christ à un scribe qui paraît très enthousiasmé à l’idée de Le suivre est déconcertante, troublante et très décourageante pour le scribe. Et encore une fois, on va s’apercevoir qu’il n’en est rien, que ce qui paraît n’est pas ce qui est.

Rappelons que Matthieu adresse son évangile à des croyants qui connaissent les coutumes juives, et que son but est de montrer que Jésus est le Christ, le Messie annoncé par les prophéties. Il est certainement l’évangéliste qui fait le mieux comprendre que le Nouveau Testament est éclairé par l’Ancien Testament, lequel ne se comprend qu’à la lumière du Nouveau Testament.

 

Commençons par lire les versets qui nous intéressent :

« ¹⁸Jésus, voyant une grande foule autour de lui, donna l’ordre de passer à l’autre bord. ¹⁹Un scribe s’approcha, et lui dit : Maître, je te suivrai partout où tu iras. ²⁰Jésus lui répondit : Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête. »

Matthieu 8:18-20, Traduction Louis Segond

Ces trois versets soulèvent deux questions :

→ Pourquoi Jésus donne-t-Il l’ordre de passer de l’autre côté de la rive, de l’autre bord.

→ Pourquoi a-t-on l’impression que Jésus-Christ veut décourager ce scribe qui paraît grandement enthousiasmé et motivé à l’idée de suivre Jésus ?

Comme on sait que dans la Bible rien n’est jamais écrit pour faire joli ou par hasard. Le fait que Jésus-Christ donne l’ordre de passer de l’autre côté de la rive est important, tout comme sa réponse à ce scribe.

Le scribe est un enseignant de la Torah. Il connaît donc les Écritures, puisqu’il les enseigne. Il connaît la prophétie du Messie et il est dans l’attente de la venue du Messie. Donc, on pourrait se dire que ce scribe sait ce qu’il dit, qu’il est sincère. On pourrait se dire que ce scribe a reconnu Jésus comme le Christ, le Messie, et qu’il est très enthousiasme à l’idée de Le suivre. Et là, contrairement à toute attente, la réponse de Jésus à cet enthousiasme est dure, brutale, décourageante. C’est ainsi que l’on perçoit ce texte. On a l’impression que Jésus-Christ a complètement refroidi ce scribe dans son élan de foi.

Or, dans sa réponse, qui est perçante, Jésus-Christ montre à ce scribe que ce qu’il dit n’est pas ce qu’il pense dans son cœur.

Voyons cela en détail.

 

Donc, il faudrait lire « Et Jésus, voyant une grande foule… » ou « Or, Jésus, voyant une grande foule… », ce qui sous-entend une continuité avec ce qu’il s’est passé précédemment.

Que s’est-il passé précédemment ? Jésus a délivré de nombreux démoniaques et apporté un remède aux personnes en souffrance, nous l’avions vu lors de l’étude précédente. Et là, il y a une grande foule qui l’entoure, et Jésus donne l’ordre de passer de l’autre côté de la rive. Ce qui sous-entend qu’il y a de plus en plus de personnes qui arrivent près de Jésus.

Le verbe ὁράω – horao signifie voir, porter son regard, ou au sens figuratif regarder à, fixer à, voir avec l’esprit, percevoir, savoir.

Dans le texte original, le mot grand n’est pas.

Le mot ὄχλος – ochlos désigne bien une foule de gens, une multitude de gens, un attroupement de personnes qui crée un tumulte, et plus précisément, ce mot peut s’utiliser pour souligner le tumulte d’une foule.

Donc, ici, il semblerait que la foule de gens qui s’est assemblée autour de Jésus crée du tumulte. Il commence à y avoir du désordre, et cela Jésus l’a perçu, et c’est pourquoi il demande à s’éloigner. Dieu n’est jamais au milieu du désordre.

De plus, on sait que la foule attire la foule. S’il y a un attroupement de personnes, cet attroupement va éveiller la curiosité d’autres personnes qui vont venir grossir la foule. Mais dans le tas de gens présents, il y a des personnes qui étaient vraiment venues pour écouter Jésus et d’autres qui se sont approchées par curiosité. Parmi celles qui se sont approchées par curiosité, il y a des personnes qui sont venues pour assister à du sensationnel, pour en prendre plein les yeux, pour voir des miracles. Ces gens-là ne sont pas venus pour suivre Jésus, mais pour voir le « faiseur de miracles ». Ces gens ne sont là que pour le sensationnel et pour obtenir le sensationnel, un miracle pour eux-mêmes, mais en aucun cas pour suivre Jésus, pour devenir son disciple. Et cela, Jésus l’a perçu, et c’est pourquoi Il commande de s’éloigner.

Et avec tous ces gens s’attroupent autour de Lui, il commence à y avoir un grand désordre, des cris, des bousculades, chacun appelant à recevoir un miracle. De plus, ajoutons que les rassemblements étaient interdits par les Romains, qui craignaient un soulèvement du peuple, et que là, cela commençait à devenir trop bruyant, trop visible. Pour éviter tout débordement, et toute sanction sur le peuple, Jésus a préféré s’éloigner.

D’ailleurs, parmi la foule, il y avait des scribes, comme le montre le verset suivant, le verset 19, et s’il y avait des scribes, il devait y avoir des pharisiens, et l’on sait que les pharisiens étaient très hostiles à Jésus, et eux auraient pris ce prétexte que Jésus engendre du tumulte pour le faire arrêter.

 

Ainsi, alors que Jésus commanda à ses disciples d’aller de l’autre côté de la rive, il y a là un scribe qui s’approche de Lui pour lui faire cette demande particulière. On est bien dans la suite logique de ce qui précède.

Les scribes étaient des personnes reconnues, on les considérait comme des personnes instruites et capables d’enseigner des choses du royaume des Cieux, des personnes qui détenaient la connaissance de Dieu. Ils étaient considérés comme des gardiens du savoir, et des évaluateurs qui pouvaient condamner et punir celui qui déviait de la loi. Les scribes servaient de référence pour l’enseignement commun, ce sont eux qui décidaient ce que signifiait la Loi mosaïque et comment on devait la comprendre. Et personne du peuple n’osait remettre leur autorité en doute, personne n’osait remettre leur connaissance des Écritures en doute.

Les scribes se réunissaient pour débattre des textes, et ces débats avaient pour but de clarifier certains points de la loi mosaïque, et alors des lois et des commentaires étaient ajoutés à la loi mosaïque, ce qui a donné le Talmud. Ce sont donc des réflexions humaines sur les Écritures qui ont donné lieu à toutes sortes de rites religieux et de traditions. En effet, ils avaient ajouté de la parole à la Parole de Dieu, créant toutes sortes de règles, de lois humaines, de rites… qu’il fallait absolument suivre, et ces ajouts étaient même devenus plus importants que la Parole de Dieu. Ils étaient devenus la référence à suivre.

Donc, c’est un scribe qui s’approche de Jésus, un homme de loi, un homme qui connaît les Écritures, un homme qui œuvre dans la sphère religieuse et qui côtoie les pharisiens, un homme qui a de l’influence sur le peuple. Donc, a priori, cet homme sait parfaitement ce qu’il fait.

Le mot διδάσκαλος – didaskalos signifie enseignant, professeur, celui qui enseigne. Ainsi, c’est un γραμματεὺς – grammateus, c’est-à-dire qui enseigne et instruit sur les Écritures, qui interpelle Jésus et il l’appelle enseignant ou professeur. En utilisant ce mot, ce scribe montre qu’en réalité il considère Jésus comme un enseignant peut être d’une nouvelle philosophie, mais en aucun cas il ne considère Jésus comme quelqu’un qui connaît les Écritures et qui les enseigne. Donc, déjà, il ne considère pas Jésus comme son égal. Pour lui, c’est quelqu’un qui amène une nouvelle philosophie, un nouveau concept, mais qui n’a rien à voir avec la loi mosaïque.

Et là, il demande à Jésus de devenir son disciple, un peu comme s’il demandait à un philosophe de devenir son élève.

En réalité, ce scribe ne veut pas être instruit de la loi mosaïque, il ne veut pas que Jésus l’instruise sur les Écritures. Il cherche en Jésus quelque chose d’autre, une nouvelle façon de vivre. Il cherche en Jésus un maître philosophe pour lui enseigner à vivre en paix. En réalité, ce scribe cherche le sensationnel, il veut trouver en Jésus quelqu’un qui va lui procurer du sensationnel. Il est tout enthousiasme, mais sa demande dénote le fait qu’il n’a pas reconnu Jésus comme le Fils de Dieu, le Messie. Il veut le suivre pour nourrir ses sens, parce que ce qu’il a vu l’a impressionné, il veut suivre « le faiseur de miracles », mais non le Fils de Dieu.

Et c’est parce qu’on a compris cela qu’on va comprendre la réponse de Jésus-Christ. Si l’on ne saisit pas cette pensée du scribe, alors on peut se dire que Jésus a été sévère, et qu’il a complètement découragé ce pauvre homme. Or non, Jésus a saisi ce qu’il y avait dans le cœur de ce scribe, et Il va le mettre en garde, Il va lui faire comprendre qu’il doit changer son cœur.

 

Pourquoi Jésus parle-t-Il de renards ? Tout simplement parce que le renard était l’emblème de l’autorité des scribes. Donc, on voit que sa réponse s’adresse particulièrement à ce scribe. Et en faisant cela, il souligne aussi le fait de la grande connivence qu’il y avait, à cette époque, entre les pharisiens et le renard.

Ce verbe ἔχω – echo signifie avoir, détenir, posséder, considérer comme détenir, et aussi se trouver ou se tenir soi-même de telle ou telle manière, et ce verbe peut aussi prendre le sens d’être attaché à une chose ou à une personne, de s’accrocher à une chose ou à une personne, d’adhérer à un concept, à une idée.

Ainsi, cette phrase « les renards ont des tanières » peut se comprendre littéralement, mais aussi métaphoriquement, dans le sens que les hommes fourbes ont des repères, des trous pour se cacher, afin que leurs fourberies, leurs ruses ne soient pas découvertes.

Que dit littéralement Jésus à cet homme ? Que s’il le suit, il devra renoncer à ses fourberies, à ses ruses, car avec Dieu rien n’est caché, et il n’y a aucun lieu pour se cacher. Jésus lui fait comprendre que ceux qui trafiquent (sous-entendu avec la Parole de Dieu, puisqu’il s’agit d’un scribe) ont des lieux pour se cacher des hommes, pour dissimuler leurs fautes. Avec Dieu, ils sont découverts.

Métaphoriquement, si l’on reprend tous les éléments, Jésus parle ici des personnes qui sont dans le monde, des personnes qui appartiennent au monde, qui pensent être leur propre dieu, qui se sont déifiées, qui obéissent à leur ego. Ces personnes-là ont des demeures, habitent dans des maisons.

Or, le fils de l’homme (qui signifie le Messie) n’a nulle part où habiter, sous-entendu dans le monde. C’est-à-dire que celui qui veut suivre Jésus, celui qui proclame que Jésus est son seigneur, celui-là doit être conscient qu’il est un nomade sur terre, et que sa demeure est auprès de Dieu. Il doit être conscient qu’il ne doit pas s’attacher aux choses du monde, mais qu’il doit se tenir prêt à obéir à Dieu.

Lisons Proverbes 16:20 : « Celui qui réfléchit sur les choses trouve le bonheur, et celui qui se confie en l’Éternel est heureux. »

Dans ce texte, le verbe réfléchir, c’est שָׂכַל – sakal mis au hifil. Il prend ainsi le sens de travailler sur soi par introspection, prospérer, avoir du succès. On retrouve ce même verbe en Genèse 3:6 : « La femme vit que l’arbre était bon à manger et agréable à la vue, et qu’il était précieux pour ouvrir l’intelligence ; elle prit de son fruit, et en mangea ; elle en donna aussi à son mari, qui était auprès d’elle, et il en mangea. »

Ouvrir son intelligence, c’est aussi le verbe שָׂכַל – sakal. Littéralement, celui qui cherche à ouvrir son intelligence par une introspection, c’est-à-dire par un travail sur lui-même, trouvera le bonheur.

Qu’est-ce que le bonheur ? La définition du mot bonheur dans le dictionnaire : état émotionnel agréable, équilibré et durable, dans lequel se trouve quelqu’un qui estime être parvenu à la satisfaction des aspirations et désirs qu’il juge importants. Donc, celui qui réfléchit en lui-même à satisfaire ses aspirations et ses désirs va trouver le moyen de les satisfaire.

Par contre, celui qui se confie en l’Éternel est heureux.

Se confier, c’est le verbe בָּטַח – batach, littéralement avoir confiance, se sentir en sécurité.

Heureux, c’est אֶשֶׁר – esher, mot qui désigne le processus de fabrication d’une corde solide par union de deux fibres qui sont torsadées l’une avec l’autre, et cette corde sert à fixer la tente, la demeure. Ainsi, celui qui s’accroche à Dieu, qui a confiance en Dieu, crée un lien indestructible qui va le maintenir, qui va le protéger de ce qui provient du monde.

Que faisaient les scribes ? Ils réfléchissaient en eux-mêmes à la meilleure manière de comprendre la Parole de Dieu pour qu’elle leur serve. Ils cherchaient le bonheur, c’est à dire à ce que la Parole de Dieu comble leurs aspirations.

Ce scribe, en voulant suivre Jésus, cherchait le bonheur, c’est-à-dire à satisfaire ses désirs, à être dans un état émotionnel agréable. En effet, il avait vu le sensationnel dans les miracles de Jésus, et avait été exalté d’être au cœur du sensationnel. Cet homme pensait avoir trouvé celui qui comblerait tous ses désirs, ses besoins. Pourquoi ? Pour avoir le bonheur.

Or, Dieu n’a pas pour but de nous donner le bonheur. Dieu a pour but de nous amener à être heureux pendant notre pèlerinage sur Terre. Dieu ne s’est pas fait homme pour nous donner le bonheur, pour satisfaire nos désirs et nos aspirations, pour nous combler de richesse. Non. Il est venu pour nous amener à être heureux, et cela est un état spirituel, l’état de celui qui se trouve au paradis sur Terre. Alors que ce scribe attend de Jésus qu’Il comble tous ses désirs. Puisqu’il a vu les miracles opérés par Jésus, alors il s’est dit que Jésus peut lui amener la richesse, la postérité, la bonne chère, des moments d’exaltation… et bien d’autres choses encore. Qu’avec Jésus, il ne manquera de rien d’un point de vue des sens et des émotions !

Et dans sa réponse, Jésus lui fait comprendre qu’il ne faut pas Le suivre en pensant y trouver le moindre confort, la moindre satisfaction pour soi-même. Il n’est pas question de s’engager avec Dieu avec l’esprit de celui qui attend une rétribution, une bénédiction matérielle ou émotionnelle. En vérité, lorsqu’on s’engage avec Dieu, lorsqu’on prend la décision de suivre Dieu, alors il faut renoncer aux choses du monde et rester seul en présence de Jésus, sans s’inquiéter de ce que les autres autour de nous font, sans s’inquiéter de ce que les autres reçoivent matériellement ou émotionnellement. Il faut marcher avec Jésus-Christ, Celui qui n’a pas où reposer sa tête, Celui qui savait que le Père avait tout prévu, Celui qui ne s’inquiétait de rien parce qu’Il savait qu’à chaque étape, Dieu avait tout préparé d’avance. Et finalement, Dieu donnera à celui qui marche avec Lui tout ce dont il a besoin pour son pèlerinage sur Terre, tout ce dont son esprit et son corps ont besoin pour rester vivant, mais jamais selon la vision du monde. Pour le monde, il faut avoir. Pour Dieu, il faut être. Et ce scribe était dans l’avoir, et non dans l’être. Cherchez Dieu pour être heureux. Ne cherchez pas Dieu pour avoir le bonheur.

Que Dieu vous garde et vous bénisse.

 

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