Dossier 6 – La tempête apaisée

Dossier 6 – La tempête apaisée

Étude simultanée de Matthieu 8:23-27, Marc 4:35-41 et Luc 8:22-25

Lorsque dans la Bible, trois évangélistes rapportent le même évènement, il est bon de lire les trois textes ensemble, car généralement, ils se complètent. Et c’est justement ce qu’il se passe pour cet évènement où Jésus apaise une tempête sur le lac de Tibériade, également appelé mer de Galilée ou lac de Génézareth, qui nous est rapporté par Matthieu, Marc et Luc. On ne peut comprendre ou saisir tout l’enseignement de cet évènement, si l’on n’examine pas ensemble les trois textes et si l’on ne les compare pas.

Habituellement, certains commentateurs expliquent ce passage en disant que Jésus dort sur la barque parce qu’Il a l’esprit apaisé, et qu’Il se réveille pour calmer la tempête qui secoue le lac afin de manifester toute sa puissance. D’autres expliquent que Jésus, avant de calmer la tempête, réprimande ses disciples par un cinglant « gens de peu de foi » afin d’exhorter à toujours se placer dans la confiance en Dieu, d’autres encore expliquent que Jésus calme toutes les tempêtes qui traversent notre vie, et ainsi de suite. Or, si l’on n’étudie pas ensemble ces trois textes, on passe à côté du véritable sens spirituel de cet évènement.

Voilà la raison du petit détour que nous allons faire avant de reprendre nos études sur l’Évangile de Matthieu, où nous déroulerons alors plus en détail le texte de Matthieu. On aurait pu étudier ce texte directement, sans regarder les autres textes, ceux de Marc et Luc, mais on n’aurait pas saisi toute la portée du texte de Matthieu. C’est pourquoi on va d’abord travailler sur les trois textes, pour ensuite revenir à nos études concernant l’Évangile de Matthieu et donner la vision de Matthieu sur cet évènement.

Commençons par lire les trois textes qui nous intéressent. Pour des raisons qui me sont propres, j’ai choisi la Traduction de la Darby, qui est, selon moi, une traduction française plus fiable en sens que beaucoup d’autres traductions françaises, car elle se base sur les textes originaux, hébreux et grecs.

 

Que peut-on constater en première lecture ?

à On apprend, dans les textes de Marc et de Luc, que c’est Jésus qui a donné l’ordre de passer de l’autre côté du lac, donc d’embarquer sur un bateau pour se rendre sur la rive d’en face. Le lac de Tibériade, que l’on connaît plus facilement sous le nom de mer de Galilée, est long de 21 kilomètres et large de 13 kilomètres, et sa profondeur moyenne est de 25,6 m.

Nous savons que Jésus et ses disciples se trouvent dans la ville de Capernaüm, qui était, à l’époque de Jésus, un ancien village de pêcheurs situé sur la rive nord-ouest du lac de Tibériade. Pour information, Bethsaïda, ville originaire de Pierre et André, était une bourgade voisine de Caparnaüm située de l’autre côté du Jourdain.

Jésus est donc à Capernaüm et il donne l’ordre d’embarquer pour se rendre de l’autre côté du lac, et nous savons qu’il va amarrer dans le pays des Gadaréniens, donc dans la ville de Gadara, aujourd’hui la ville Umm Qeis en Jordanie.

Regardons cette carte :

La flèche rouge matérialise le parcours réalisé par Jésus et ses disciples : ils partent de Capernaüm et accostent près de Gadara. Donc, les embarcations vont traverser le lac transversalement, ce qui représente un voyage de plus de 15 kilomètres sur le lac, ce qui est beaucoup lorsqu’on rame !

Cet ordre de traverser le lac pour se rendre d’une rive à l’autre n’apparaît pas dans le texte de Matthieu. Pourquoi ? Parce que l’Esprit de Dieu, qui a inspiré tous les textes, veut nous montrer quelque chose de particulier dans chacun de ces trois textes. N’oublions pas que chaque évangéliste s’adresse à un public précis. Pour Matthieu, ce sont les juifs de son époque à qui il montre que Jésus est le Messie. Pour Luc, c’est Théophile, et à travers Théophile, les Grecs, donc les païens. Marc s’adresse, quant à lui, à tous ceux qui doutent, à tous ceux qui vacillent dans leur foi.

→ On apprend aussi que Jésus n’était pas seulement avec les apôtres, mais Il était avec les disciples, et que plusieurs bateaux ont traversé le lac comme cela est précisé par Marc au verset 36.

→ Dans les textes de Luc et Marc, Jésus calme la tempête et après il semble réprimander ses disciples. Alors que dans le texte de Matthieu, Jésus réprimande ses disciples, puis calme la tempête. C’est un détail, mais qui a son importance.

→ Dans le texte de Matthieu, les disciples demandent à Jésus de les sauver, car ils sont en train de périr. Dans le texte de Marc, ils demandent à Jésus s’il n’a pas de la peine à les voir périr (c’est très curieux comme demande !). Dans le texte de Luc, ils disent simplement à Jésus qu’ils sont en train de périr.

→ Après la demande des disciples, dans les textes de Matthieu et de Luc, Jésus se lève, alors qu’Il se réveille dans le texte de Marc.

→ Enfin, après que Jésus eu calmé la tempête, chez Matthieu, les disciples sont dans l’étonnement, chez Marc, ils ont peur, et chez Luc, ils sont étonnés et ils ont peur.

Il y a donc de nombreux détails qui sont mentionnés dans les trois textes, des détails qui doivent être pris en compte afin de comprendre la totalité de l’évènement. Donc, on comprend que Jésus est à Capernaüm, qu’Il renvoie la foule, et qu’Il donne l’ordre à ses disciples d’aller sur l’autre côté du lac de Tibériade. Là, c’est plusieurs bateaux qui se mettent en route. Durant ce voyage de plusieurs kilomètres, Jésus s’endort. Et là, une tempête se lève, et les disciples, et parmi eux il y a des marins aguerris qui pêchent régulièrement sur le lac, qui le connaissent parfaitement et qui prennent peur, car ils se voient déjà en train de couler, et ils réveillent Jésus, qui continue à dormir malgré la tempête. Là, aussi, c’est un détail surprenant. Jésus se réveille et se lève, et il calme la tempête. Et tous les disciples ont peur et sont dans l’étonnement, car personne, aucun homme, n’avait jamais réalisé une telle chose, aucun homme ne peut contrôler les éléments.

On va regarder ce qu’il s’est passé avant cet évènement, afin de circoncire le contexte.

 

Avant la tempête

 

Chez Matthieu a Avant cet évènement, Jésus était à Capernaüm, où il avait guéri la belle-mère de Pierre, et le soir venu, de nombreuses personnes avaient emmené près de lui des malades et des possédés. Jésus avait chassé les esprits démoniaques et apporté un remède à ceux qui allaient mal. Donc, Jésus est entouré d’une grande foule, et c’est là, alors que la foule grandissait de plus en plus, qu’Il donna l’ordre à ses disciples de passer de l’autre côté de la rive.

Chez Marc a l’évènement de la tempête apaisée survient après que Jésus instruit ceux qui l’entourent par des paraboles, et notamment, la parabole du semeur, la parabole du grain de moutarde, et d’autres paraboles à ceux qui pouvaient les entendre. Et Marc précise que Jésus interprétait ces paraboles à ses disciples. Puis, le soir même, il commanda à ses disciples de passer de l’autre côté de la rive. Et chez Marc, on n’a aucune mention de la foule qui entoure Jésus.

On peut supposer que Marc parle plus précisément des moments où Jésus enseignait dans la synagogue, ces moments que Matthieu décrit avant et après la guérison de la belle-mère de Pierre. Chez Marc, cet évènement de la guérison de la belle-mère de Pierre est raconté dès le chapitre 1, et l’on sait maintenant (cf. dossier n° 5 – La guérison de la belle-mère de Pierre) que Marc a décrit la première intervention de Jésus auprès de cette femme, puis qu’Il est retourné enseigner à la synagogue. Et Marc, toujours au chapitre 1, décrit l’évènement de la délivrance et la guérison des démoniaques et des malades, et ce n’est que plus tard, au chapitre 4, que Marc va raconter l’évènement de la tempête apaisée. On dirait qu’il y a ici un problème temporel.

Chez Luc a On trouve le même décrochement temporel. En effet, tout comme Marc, Luc place l’évènement de la tempête apaisée après les paraboles, alors que Matthieu place l’enseignement de ces paraboles au chapitre 13.

On pourrait penser qu’il y a un problème, que soit les évangélistes ne rapportent pas le même évènement, et donc qu’il y a eu deux tempêtes apaisées, ou soit que Matthieu s’est trompé dans la chronologie ou soit Marc et Luc se sont trompés dans la chronologie. Or, si les textes sont inspirés par l’Esprit de Dieu, il ne peut y avoir aucune erreur. Et c’est ce que l’on va montrer.

 

Après la tempête

 

Après l’évènement de la tempête apaisée, les trois textes rapportent ensuite l’évènement des démoniaques de Gadara. Donc, là, on est raccord.

En réalité, Matthieu, dans son récit, et puisqu’il s’adresse aux religieux juifs, s’est focalisé sur l’extraordinaire, car il fallait l’extraordinaire pour intéresser les juifs, car ces derniers attendaient le Messie, le Roi Tout-Puissant. Donc, le but de Matthieu était de montrer que Jésus est ce Messie, et il pointait surtout sa puissance. Et il en faut de la puissance pour calmer une tempête simplement par la parole !

Le public auquel s’adressent Luc et Marc est différent. Leur but était de faire connaître Jésus, surtout sa Parole, donc ils ont pointé le récit sur l’enseignement de Jésus.

En vérité, et comme on va le voir par la suite, Luc et Marc pointent le fait que malgré cet enseignement de Jésus donné à tous, et surtout expliqué aux disciples, ces derniers n’ont pas cru en Lui, n’étaient pas dans une totale confiance, ils ont douté de sa Parole, et c’est pour cela qu’ils ont eu peur et qu’ils étaient étonnés. Et Matthieu pointe le fait que malgré la démonstration de puissance que Jésus a accomplie en guérissant les malades et en chassant les esprits démoniaques par une Parole, les disciples de confession juive ont quand même douté du fait qu’Il était le Messie, et donc, ont douté de sa Puissance.

Finalement, d’un côté, on a des disciples qui ont douté de la puissance de Dieu, et qui n’ont pas remis toute leur confiance en Dieu. C’est ce que montre Matthieu. Et pourtant, ceux-là connaissaient les Écritures, donc ils avaient reçu un enseignement concernant le Messie, et lorsque le Messie a fait une démonstration de force par Sa Parole (en chassant les esprits démoniaques par une parole, et en guérissant les malades), ils ont continué à douter. Et de l’autre côté, on a des disciples, qui ne sont pas juifs, qui n’ont pas reçu une éducation religieuse juive, qui suivent Jésus, mais qui ont douté de sa Parole, alors qu’ils avaient reçu l’enseignement de Jésus.

Et c’est là que l’on voit l’universalité et la complémentarité des textes. Dieu nous montre comment ont réagi ceux qui étaient instruits, ceux à qui avaient été confié la Révélation, et les païens qui ont vu en Jésus les uns un Sauveur, les autres le Fils de Dieu, les autres encore un grand enseignant. Encore une fois, le texte de Matthieu fait le lien avec les deux autres textes. C’est pour cela que l’on va s’intéresser aux textes de Luc et Marc, pour ensuite revenir sur le texte de Matthieu.

 

Étude comparée des textes de Luc et de Marc

 

Marc parle du soir de ce jour-là. Qu’est-il arrivé ce jour-là dans l’Évangile de Marc ? Jésus annonçait la parole en paraboles, et en particulier, Il interprétait ces paraboles à ses disciples (Marc 4:33-34).

Chez Luc, il s’agit de l’un de ces jours. De quels jours s’agit-il ? Des jours où Jésus a annoncé la parole en paraboles, et a instruit ses disciples sur ces paraboles. Donc, on comprend que cet enseignement n’a pas été donné en un seul jour, mais en plusieurs jours.

Ajoutons aussi que Luc place cet évènement juste après celui où Marie et les frères de Jésus voulurent lui parler, mais ne purent l’approcher, car il y avait autour de Jésus une grande foule. On retrouve cette foule qui entoure Jésus. Et Jésus, qui est alerté que sa mère et ses frères veulent lui parler, répond que sa mère et ses frères sont ceux qui écoutent la Parole de Dieu et la mettent en pratique. Il donne ici un enseignement très fort, celui où tous ceux qui écoutent la Parole de Dieu et la mettent en pratique sont enfants de Dieu. Donc, normalement, les disciples sont ceux qui écoutent et mettent en pratique la Parole de Dieu, les disciples sont donc tous des frères et des sœurs, tous des enfants de Dieu.

Enfin, soulevons le fait que ceux qui sont sur le bateau avec Jésus sont des disciples, cela on le sait, et donc, que tous ont écouté la Parole de Dieu, puisque la Parole c’est Jésus-Christ. L’ont-ils mise en application cette Parole de Dieu ? C’est la question qui demeure.

 

Ici, les deux évangélistes pointent le fait que Jésus parle à ses disciples et leur dit clairement qu’ils vont passer à l’autre rive du lac. C’est dit, c’est clair, sans ambiguïté. Ils vont donc embarquer pour naviguer jusqu’à l’autre côté du lac. C’est quelque chose que Jésus a défini, et Jésus étant la Parole, Il a tracé le chemin, il a donné l’itinéraire du voyage, et derrière, il y a un projet. En effet, chaque déplacement de Jésus-Christ est prévu par le Père, planifié. Donc les bateaux vont arriver sur l’autre rive, cela ne fait aucun doute.

 

Ce détail n’apparaît pas chez Luc, ni chez Matthieu d’ailleurs. Pourtant, on a vu que Luc et Matthieu, dans les versets qui précèdent le récit de l’évènement de la tempête, font mention d’une grande foule qui entoure Jésus. Pour Luc, cette foule est celle qui écoute la Parole. Pour Matthieu, cette foule est celle qui entoure Jésus lorsque, par une Parole, il délivre et guérit les démoniaques et les malades. Et finalement, c’est là que l’on commence à comprendre que le remède qui est apporté aux malades, c’est la Parole, donnée aussi sous forme de paraboles à ceux qui ont des oreilles pour entendre. Il y a, parmi les gens qui sont dans la foule, des personnes que ces paraboles vont éveiller, et d’autres qui y seront totalement hermétiques.

Ayant renvoyé ⇒ Il s’agit, dans le texte en grec, du verbe ἀφίημι – aphiemi, qui est conjugué à l’aoriste actif et au mode participe, ce qui montre que l’action est ponctuelle et achevée. Ce verbe peut prendre le sens de laisser aller, renvoyer, congédier, renvoyer quelqu’un libre ou sauvé, laisser libre, laisser aller librement. Finalement, Jésus ne renvoie pas la foule, Il la laisse partir et Il laisse aller ceux qui sont rendus libres, ceux qui sont guéris. Ce qui signifie, concrètement, que Jésus ne renvoie jamais personne, Il laisse aller librement celui qui est sauvé ou guérit par Sa Parole. Par contre, Il demande à ses disciples de Le suivre. Celui qui est sauvé peut prendre par la suite la décision de suivre Jésus-Christ, mais cette décision lui appartient, Jésus ne contraint jamais personne.

 

Chez Marc, les disciples prennent Jésus pour le mettre dans une nacelle. Chez Luc, Jésus monte dans une nacelle. Cette idée de prendre Jésus pour le mettre dans une nacelle est très surprenante. D’abord, définissons ce qu’est une nacelle.

La nacelle ⇒ il s’agit du mot πλοῖον – ploion dans les deux textes, mot qui signifie navire et plus précisément un bateau de pêche.

Donc, il s’agit bien de bateaux de pêche, et donc, ces bateaux appartiennent à des marins pêcheurs qui connaissent parfaitement le lac, et qui ont l’habitude de naviguer sur ce lac. Ces marins savaient que de grandes tempêtes pouvaient tout à coup se manifester sur ce lac.

Ils le prennent ⇒ il s’agit du verbe παραλαμβάνω – paralambano conjugué à la troisième personne du présent de l’indicatif.

Ce verbe signifie prendre près de soi ou avec soi, recevoir dans le sens d’accueillir ce que l’on reçoit, recevoir un enseignement.

Ce n’est pas que les disciples prennent Jésus pour le mettre dans un bateau, c’est que les disciples accueillent Jésus sur leur bateau, ils veulent tous l’avoir sur leur bateau. On se souvient qu’il y a plusieurs bateaux, comme cela est souligné en gris dans le texte de Marc. Donc, on peut penser que les disciples se sont un peu disputé la présence de Jésus sur leur bateau, du moins, qu’ils souhaitaient que Jésus soit sur leur bateau pour continuer à recevoir son enseignement.

Ainsi, Marc souligne le fait que ces disciples avaient soif de la Parole de Dieu. Il ne s’agissait pas de personnes qui écoutent d’une oreille la Parole. Il s’agit véritablement de personnes qui boivent toutes les paroles prononcées par Jésus, donc qui ont entendu lorsque Jésus a dit qu’ils allaient traverser le lac. Retenez bien cela.

Chez Luc, Jésus monte dans un navire. En grec, il s’agit du verbe ἐμβαίνω – embaino, verbe qui signifie entrer dans. Jésus entre dans un navire. Il est demandé de tous les côtés, chaque disciple lui demandant d’embarquer avec lui, et Jésus entre dans un bateau. C’est Lui qui choisit l’embarcation sur laquelle il va prendre place pour la traversée.

Luc pointe le fait que Jésus reste souverain de toutes ses décisions.

 

Chez Marc

Il se lève ⇒ il s’agit du verbe γίνομαι – ginomai conjugué au présent et à la voix déponente.

Le verbe γίνομαι – ginomai signifie devenir, par opposition à être, naître, se produire, avoir lieu en parlant de phénomènes physiques. Donc, là, un grand tourbillon de vent se produit. On a l’impression que le phénomène météorologique arrive sans prévenir, sans signe annonciateur. Le verbe est à la voix déponente, et cette voix est utilisée lorsque l’on veut montrer qu’un verbe, qui semble passif, exprime une action active. Donc, ce tourbillon de vent qui se produit est une action active, c’est-à-dire provoquée. Par qui ? Par Dieu.

Le tourbillon ⇒ λαῖλαψ – lailaps dans le texte en grec ancien. Ce mot est utilisé pour décrire un tourbillon de vent avec pluie, une bourrasque, un ouragan, une tempête.

Un grand ⇒ μέγας – megas dans le texte en grec ancien, mot que l’on utilise pour désigner quelque chose de grand, ou de fort lorsqu’il s’agit de phénomènes physiques. Donc, il y a cette tempête, et une tempête c’est déjà un phénomène météorologique d’une forte intensité, une tempête qui mêle de la pluie et des vents, et on vient accentuer l’intensité de cette tempête par le mot μέγας – megas.

De vent ⇒ ἄνεμος – anemos dans le texte en grec ancien. Ce mot désigne un courant de vent. Il est au génitif dans le texte, donc, ce qui montre son appartenance au grand tourbillon, afin d’en préciser l’idée.

Donc, il y a une grande tempête qui se lève, brusquement, une tempête de pluie et de vents, avec des vents violents. Ceux qui naviguent sur ces bateaux sont des navigateurs aguerris, qui ont l’habitude de naviguer sur ce lac, et qui savent que parfois, il y a des tempêtes qui peuvent se former très rapidement. Là, il semble que cette tempête soit d’une rare intensité, au point que même ceux qui sont de bons marins prennent peur.

Cette tempête est tellement intense que des vagues se jettent dans le bateau, et que le bateau se remplit d’eau, donc, est sur le point de couler.

Les vagues ⇒ κύμα – kuma dans le texte en grec ancien, littéralement ce qui s’enfle, des vagues qui s’enflent. On est ici devant des vagues énormes, plus hautes que les bateaux, et qui, en s’écrasant sur les bateaux, les remplissent d’eau.

Là, on imagine bien ce qu’il se passe : les bateaux ont parcouru une certaine distance, ils ne sont plus proches des rives, et là, une tempête se déclenche. Il y a de violentes pluies, et surtout, des vents terribles, au point que ce vent agite l’eau et fait lever de grandes vagues. Il y a donc du tumulte, du bruit, certainement des cris, les bateaux sont agités dans tous les sens… et bizarrement Jésus continue à dormir. Qui arrive à dormir au milieu d’une tempête, avec des personnes qui crient autour et un vent terrible ?

 

Chez Luc

Pour décrire la tempête, Luc utilise les mêmes mots que Marc, les mots λαῖλαψ – lailaps et ἄνεμος – anemos qui ont été traduits par « un vent impétueux ».

Cependant, Luc ajoute un détail : ils étaient en péril. Cette tempête est tellement forte qu’il y a un grave danger pour tous ceux qui sont sur les bateaux, un danger de mort.

La nacelle s’emplissait ⇒ le verbe qui a été traduit par s’emplir est le verbe συμπληρόω – sumpleroo, littéralement remplir complètement. Ce verbe est à l’imparfait et la voix déponente, ce qui montre que l’action est en train de se produire et que c’est une action qui semble passive, subie, mais qui est active. On voit ici l’action de Dieu, la puissance de Dieu qui déchaîne les éléments.

Donc, là les bateaux sont complètement remplis d’eau, littéralement, ils coulent. Là, on peut comprendre l’urgence de la situation, les gens sont en danger. La situation est très grave et dramatique. Et pourtant, Jésus est toujours endormi…

 

Luc nous dit que Jésus s’est endormi dès qu’ils prirent le large. Il place ce fait avant que survienne la tempête. Marc, lui, montre que Jésus dort toujours en plein milieu de la tempête.

Luc, pour décrire Jésus qui s’endort, utilise le verbe ἀφυπνόω – aphupnoo. C’est un verbe très particulier qui signifie à la fois s’éveiller et s’endormir. C’est un hapax, c’est-à-dire que ce verbe est utilisé uniquement dans ce texte. Comment peut-on à la fois s’éveiller et s’endormir ? Cela nous paraît incompatible !

En vérité, Luc, par l’inspiration du Saint Esprit, nous montre que Jésus-Christ s’est endormi de corps, mais non de l’esprit, et que son esprit, l’Esprit de Dieu, est à l’œuvre. Maintenant, on commence à comprendre pourquoi l’utilisation de verbes à la voix déponente lorsqu’il s’agit de décrire la violence de la tempête. En réalité, cette tempête semble s’être levée d’elle-même, mais c’est Dieu qui est à la manœuvre, c’est Dieu qui a fait lever la tempête. Pourquoi ? Pour montrer quelque chose aux disciples, pour enseigner les disciples sur un point bien précis. On le verra par la suite. Parfois, Dieu fait lever des tempêtes dans notre vie afin de nous enseigner quelque chose de très particulier.

Marc, lui, décrit Jésus qui dort pendant la tempête, et il utilise le verbe καθεύδω – katheudo qui signifie s’endormir, dormir. Et où dort-il ? À la poupe du navire, c’est-à-dire à l’arrière du bateau. Si ce détail est donné, c’est qu’il a son importance. La poupe d’un bateau joue un rôle crucial dans la stabilité du navire. Et Jésus dort pendant la tempête, et le navire n’est pas stable. Ce qui montre, et cela est un enseignement spirituel très profond, c’est qu’au milieu d’une tempête, il faut faire appel à ce qui va calmer cette tempête, c’est-à-dire Dieu.

 

Chez Marc, les disciples le réveillent, alors que chez Luc, ils viennent et le réveillent. Ce qui est surprenant, c’est que l’on est en pleine tempête, les vagues doivent faire un bruit énorme lorsqu’elles frappent le bateau, le vent doit aussi faire un vacarme épouvantable, les disciples doivent crier… et Jésus continue de dormir.

Marc utilise le verbe ἐγείρω – egeiro qui signifie réveiller quelqu’un de son sommeil. Luc utilise le verbe διεγείρω – diegeiro. On y retrouve le verbe ἐγείρω – egeiro auquel est ajouté la préposition διά – dia, préposition qui dénote le canal d’une action. C’est quelque chose qui se fait à travers de quelque chose. Donc, on comprend qu’en réveillant Jésus, chez Luc, les disciples se sont aussi réveillés, ce qui n’est pas le cas chez Marc. Donc, il y aura des disciples qui vont comprendre et assimiler l’enseignement de Dieu, et d’autres pas encore, du moins, pas cet enseignement-là. D’ailleurs, Luc montre qu’avant de réveiller Jésus, les disciples viennent à Lui. Et ce verbe traduit par venir dans nos Bibles françaises, c’est le verbe προσέρχομαι – proserchomai en grec ancien, verbe qui signifie aller vers ou auprès. Ce qui montre que ces disciples décrits par Luc sont allés vers Jésus, ils ont cherché Jésus pour aller vers Lui, pour se rapprocher de Lui.

Chez Marc, lorsque les disciples réveillent Jésus, ils l’appellent maître, en grec διδάσκαλος – didaskalos. Chez Luc, les disciples l’appellent deux fois par le mot ἐπιστάτης – epistates, et ces deux mots qui sont différents en grec, ont été traduit en français par le mot maître. Pourtant, il existe une différence de sens entre ces deux mots grecs.

Le mot διδάσκαλος – didaskalos désigne l’enseignant, le précepteur. Le mot ἐπιστάτης – epistates désigne littéralement celui qui se tient sur un char, celui qui préside, le directeur, le chef. Ce mot était aussi utilisé pour désigner le préposé au soin des troupeaux, et il était aussi utilisé pour désigner celui qui présidait le Conseil et l’Assemblée du peuple et qui gardait le sceau officiel.

Ainsi, on comprend que Marc parle des disciples qui voient seulement en Jésus un enseignant, alors que Luc parle des disciples qui voient en Jésus leur Seigneur, et s’il se tient sur un char, le Fils de Dieu.

Chez Marc, les disciples posent une question plutôt curieuse : ne te mets-tu pas en peine alors que nous périssions.

Mettre en peine ⇒ μέλω – melo dans le texte grec, verbe dont le sens est prendre soin ou être un objet de soucis. Littéralement, les disciples demandent à Jésus de prendre soin d’eux et de se soucier de leur sort.

Et le verbe périr, dans le texte grec, c’est ἀπόλλυμι – apollumi, dont le sens est perdre, faire périr, détruire, être perdu. Ainsi, les disciples réveillent Jésus pour lui demander de prendre soin d’eux et de se soucier de leur sort parce qu’ils sont en train de périr, d’être détruit, de se perdre. On pourrait penser qu’à ce moment, les disciples que Marc décrit demandent à Jésus de compatir à leur sort, et non de les sauver, car ces disciples, dans leur cœur, sont persuadés que Jésus ne peut rien faire contre la tempête, que leur sort est scellé.

Contrairement aux disciples que Luc décrit, qui réveillent Jésus pour lui dire qu’ils sont en train de couler. Le verbe qu’utilise Luc et qui a été traduit par périr dans le texte en français, c’est le verbe ἀπόλλυμι – apollumi, le même utilisé par Marc. Chez Luc, les disciples lancent un cri d’alerte, ils disent à Jésus qu’ils coulent, et ils attendent de Jésus qu’il leur dise quoi faire, qu’il donne ses directives, puisque pour eux Jésus est leur ἐπιστάτης – epistates. Remarquons qu’ils répètent deux fois ce même mot, ce qui montre qu’ils ont fait de Jésus-Christ leur Seigneur dans le monde physique, et leur Seigneur pour le monde spirituel. Donc, ces disciples ont compris que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et que lui seul peut faire quelque chose pour les sauver.

On a donc deux « sortes » de disciples. Les premiers, décrits par Marc, sont des disciples qui ne sont pas encore mûrs, qui vacillent, tout comme l’était Marc. Les seconds, décrits par Luc, sont des disciples accomplis, qui ont vu en Jésus le Fils de Dieu. Les deux évangélistes décrivent donc la même scène, mais selon des points de vue différents.

 

Que ce soit chez Marc et chez Luc, Jésus se réveille, ou se lève, reprend le vent, et calme la tempête. Dans les deux textes, ce qui a été traduit par se réveiller ou se lever, c’est le même verbe, le verbe διεγείρω – diegeiro qui signifie réveiller, se réveiller. Ce verbe peut aussi prendre le sens de favoriser la croissance d’une plante, ou le sens d’encourager. Ainsi, Jésus-Christ ne fait pas que se réveiller, il s’apprête à faire croître ses disciples, à faire grandir leur foi. Et là, Jésus-Christ va leur montrer qu’Il commande aux éléments.

Remarquons qu’il n’y a, sur les bateaux, que des disciples, certains sont un peu vacillants, mais tous sont disciples, tous ont fait le choix de suivre Jésus-Christ. Cette démonstration de la puissance de Dieu a été donnée à voir uniquement aux disciples.

 

Remarquons que la réponse de Jésus-Christ n’est pas la même pour les disciples qui vacillent que pour les disciples qui ont foi. Au premier, Jésus-Christ leur demande pourquoi ils ont peur, et pourquoi ils n’ont pas foi en Lui, aux seconds, Il leur demande où est leur foi.

Les disciples qui ont peur sont ceux qui n’ont pas reconnu le Fils de Dieu, ceux qui ont vu en Jésus-Christ un simple enseignant, certes très érudit, mais un enseignant. Et Jésus-Christ leur demande pourquoi, après tout ce qu’ils ont entendu de son enseignement, après tout ce qu’ils ont vu, comment ils peuvent encore douter. Pour eux, cet évènement va affermir leur foi. Dieu a créé la tempête pour affermir leur foi, en leur montrant qui Il est afin qu’ils puissent voir en Lui le Fils de Dieu.

Pour les disciples qui sont dans la foi, par cet évènement, Jésus leur apprend à ne pas douter de Dieu, même si tout semble perdu, Dieu est toujours à la manœuvre, et donc, il faut rester confiant, les yeux fixés sur Dieu.

N’oublions pas que Jésus leur avait dit qu’ils allaient traverser le lac, qu’ils allaient passer de l’autre côté du lac. Jésus-Christ est la Parole faite chair, ce qu’Il dit se produit. Les disciples qui ont foi en Jésus devaient donc être confiants, quoi qu’il arrive, ils allaient traverser le lac. Alors pourquoi ont-ils douté ? Dieu a provoqué une situation pour leur montrer qu’ils ne doivent jamais douter de la Parole, que tout ce que dit Dieu se produit.

Donc, par cet évènement, certains disciples ont affermi leur foi, et d’autres ont renforcé leur confiance en Dieu, ont appris que même au plus fort de la tempête, Dieu est à la manœuvre. Chaque disciple a grandi, chaque disciple a passé un cap spirituel.

 

Chez Marc, les disciples sont saisis d’une grande peur, alors que Luc, ils sont saisis de crainte et sont dans l’étonnement.

Les disciples vacillants sont saisis d’une grande peur, ils éprouvèrent une grande frayeur, alors que les disciples déjà affermis, ont ressenti de la peur, mais moins grande que les autres, et sont étonnés, θαυμάζω – thomazo dans le texte grec, mot qui désigne l’étonnement et aussi l’admiration. Eux, finalement, ils sont complètement admiratifs de ce que Dieu peut accomplir, alors que les disciples vacillants sont dans la peur. Effectivement, ça peut faire peur de se retrouver devant Dieu. Jusqu’à présent, ils n’avaient vu en Jésus qu’un enseignant. Là, ils ont compris qu’Il était Dieu. Il y a de quoi avoir peur !

 

Et pour Matthieu ?

 

Rappelons que Matthieu s’adresse à des juifs qui connaissent les Écritures, et que son but est de montrer à ces personnes que Jésus est le Messie.

Il y avait, parmi les disciples de Jésus, des juifs, ce qui est tout à fait normal. Déjà, les apôtres étaient tous de confessions juives. Matthieu veut montrer, et je le répète, que Jésus est le Messie. À qui ? Aux juifs, afin qu’ils se convertissent. Or, à son époque, ceux qui connaissaient les Écritures reconnaissaient la puissance du Dieu Créateur qui agit sur les éléments. Ils connaissaient l’histoire de Noé, ils connaissaient le Livre de la Genèse, dans lequel Dieu explique comment Il a posé les fondations de la Terre. Là, Matthieu montre que Jésus a commandé aux éléments, Il a calmé la tempête, et que donc, seul le Messie pouvait accomplir une telle chose. Matthieu a démontré aux Juifs de son époque que Jésus est bien le Messie.

Finalement, Luc et Marc montrent à tous ceux qui ne sont pas juifs, et qui sont disciples de Christ qu’il faut être attentif à la Parole de Dieu, qu’il faut ouvrir ses oreilles pour l’écouter, et qu’il ne faut pas avoir peur, même des tempêtes, car tout est sous le contrôle de Dieu. Les prophéties parlent souvent de catastrophes, de famines… Cela va arriver, mais même dans la tempête, il faut garder confiance en Dieu. Matthieu, lui, s’adresse à tous ceux qui doutent que Jésus soit le Messie et qui pourtant, connaissent les Écritures, à tous ceux qui n’ont pas fait de Jésus-Christ leur Sauveur et Seigneur, et qui pourtant connaissent, et parfois étudient et enseignent les Écritures.

On verra ce texte plus en détail dans les études concernant l’Évangile de Matthieu. Pour le comprendre, on aura besoin de cette étude.

Que Dieu vous garde et vous bénisse.

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